AUTRES PAYS

Les visionnements de films de pays en attente de leur propre page, n'ayez crainte, ils auront tous leur pages... 

mise à jour le 27 mai 2009


Tsai Ming-Liang

ALL THE CORNERS OF THE WORLD - Tsai Ming-Liang, 1989, Taiwan, 50m, TV

All the Corners of the World est petit film sans prétention se penchant sur le quotidien d'une famille à faible revenu dans cette fourmilière bruyante et polluée qu'est Taipeh. Concierges le jour et scalpers le soir et les weekend, les parents sont trop occupés et préoccupés pour voir que leur plus jeune a un talent certain pour l'écriture et que leur fille prend peu à peu goût à l'argent facile. Les enfants laissés à eux-mêmes composent avec la réalité et démontrent une maturité et un sens des responsabilités étonnant tout en profitant à fond des petits plaisirs de la vie.

Malgré son côté critique sociale, cette première oeuvre de fiction de Tsai Ming Liang est avant tout axée sur l'enfance, sa spontanéité et sa simplicité qui sont peu a peu éteintes par les tracas du monde adulte. A-tong est un garçon très attachant qui n'est pas sans rappeler le Antoine Doisnel des 400 coups. En fait ces deux films ont tellement de similitudes, qu'on peut presque parler d'une adaptation taiwainaise du film-phare de la nouvelle-vague francaise. En moins bavard, bien-sûr!

Bien que techniquement désuet (surtout au niveau du son), il s'agit d'un film bien fait qui met bien en image le rapport qu'entretiennent les personnages avec Taiwan. Nous transportant de l'exiguïté du logis familial à l'océan, Tsai Ming Liang signe un film tantôt poétique, tantôt drôle, tantôt triste qui fait vite oublier la mauvaise qualité de la copie et qui nous met en appétit pour ces prochains films. Je vous reviendrai donc sous peu avec les autres films que j'aurai réussi à voir dans le cadre de la rétrospective de la Cinémathèque québécoise. Mongola Batteries

ANGEL NEGRO - Jorge Olguín, 2000, Chili

Gabriel, dont le boulot est de découper des cadavres et de les autopsier, se retrouve tout chamboulé après avoir vu passer deux de ses anciens potes sur sa table d'opération. D'autant plus que leur mort n'a rien de naturelle. C'est alors que le passé refait surface, un douloureux souvenir de la fête qui suivit la remise des diplômes d'enseignement secondaire et qui se termina par le décès d'Angel, une fille que Gabriel aimait de tout son coeur. Et contre toute attente, il semblerait qu'Angel, dont le corps ne fut jamais retrouvé, soit revenue d'entre les morts pour accomplir sa vengeance!

ANGEL NEGRO serait le premier film d'horreur en provenance du Chili. Le résultat s'avère très classique, mettant en scène une tueuse portant un masque blanc maculé de sang et assassinant ses victimes de manière violente mais toujours hors champs. Le manque de moyen oblige en effet Olguín à faire le minimum en ce qui concerne les effusions de sang et oriente ainsi son film dans une direction plus proche du thriller standard que du film d'horreur pur. Pour le reste, la qualité du film oscille en fonction du talent des acteurs pas toujours convaincants et malheureusement peu aidés par des dialogues pas toujours malins - surtout en ce qui concerne les flics qui passent pour de fieffés imbéciles - et cela de manière totalement involontaire. Côté scénario, rien de neuf sous le soleil chilien donc, on nous sert une histoire connue aux rebondissements sans originalité. Dommage, mais le réalisateur n'est néanmoins pas dénué de talent et sans doute lui faut-il un peu plus d'expérience avant de nous livrer un film bien éclatant. Olguín reviendra deux ans plus tard avec SANGRE ETERNA. Kerozene

La ANTENNA aka THE AERIAL - Estaban Sapir, 2007, Argentine 

Dans un monde rétro-futuriste qui n'est pas sans rappeler le METROPOLIS de Fritz Lang, se trouve " La Ville sans voix ". Une ville où chaque individu s'est vu voler sa voix par le propriétaire de la chaîne de télévision locale dans le but rendre le peuple plus vulnérable et conditionné à ses propres désirs. Mais si parole il n'y a plus, les mots restent et permettent encore à de pouvoir communiquer avec autrui. Seule la manière de faire change. Seulement voila, Mr. TV trouve que le peuple est un peu trop heureux et ne se fait pas assez lobotomiser par ses émissions de variété pourries. Il décide donc de mettre en place un odieux stratagème afin de voler les mots au peuple. Pour ce faire, il possède une arme secrète : une femme sans visage au corps de déesse qui se trouve être la dernière personne à posséder une voix. Un père de famille fraîchement licencié de la chaîne de télévision va alors, avec l'aide de ses proches, mettre des bâtons dans les roues du magna de la non-communication.
LA ANTENNA est un vibrant hommage tragi-comique à l'époque du muet. Esthétiquement, le film rappelle donc METROPOLIS (un plan de la femme sans visage fait écho à la version robotisée de Maria au moment de son éveil), n'hésite pas à faire un clin d'œil facile à Georges Méliès (la Lune et son faciès rieur) et sans doute que de nombreuses autres références pullulent tout au long du récit. On ne peut s'empêcher de faire le parallèle du travail d' Esteban Sapir avec celui de Guy Maddin, en particulier sur THE SADDEST MUSIC IN THE WORLD et surtout son court THE HEART OF THE WORLD, tant les esthétiques s'avèrent similaires. La différence se situe sans doute en ce que Sapir intègre l'absence de parole comme élément scénaristique à part entière de son récit ainsi que dans le ton ici beaucoup plus léger que chez Maddin. LA ANTENNA est un film attachant, truffé d'idées cocasses et au charme rétro extrêmement soigné, qui amène une réflexion sur le pouvoir du média télévisuel, sur la communication en particulier et les relations humaines en général. Bien que très manichéen, il est difficile de ne pas tomber sous le charme.

Site www.laantena.ladoblea.com  Kerozene

ASHANTI - Chico Ejiro, 2002, Nigéria   

Un sorcier grassouillet localisé en pleine cambrousse voue un culte au Dieu-coq Ashanti. Un jour, le coq en question se matérialise devant lui et, avec sa grosse voix d'outre-tombe, lui confie une mission. L'image d'une femme se matérialise alors devant ses yeux ébahis, il s'agit de " The One ", la fille d'un vieil ennemi d'Ashanti qui doit rejoindre de force les rangs de ses adorateurs. Dès cet instant, la femme en question est victime d'une abominable malédiction ! Des messages en lettre de sang sortant directement d'une version béta de Final Cut apparaissent sur les murs et toutes les personnes qui l'entourent sont victimes d'accidents: une cuisinière crache du gaz, une voiture se déplace toute seule et manque d'écraser son propriétaire... La pauvre femme maudite est systématiquement tenue pour responsable par les victimes qui la chassent sans attendre à grands coups de pied au cul. Livrée à elle-même, elle erre désespérée dans la rue, avant de se faire violer puis de rencontrer un homme d'église qui viendra à bout du vilain Ashanti et de ses sbires grâce à la puissance de sa Bible et de ses sermons.

Long métrage vidéo tourné en quelques jours par le plus que prolifique Chico Ejiro, ASHANTI est le deuxième film nigérian que j'ai le " plaisir " de voir, le premier étant le déjà douloureux THE PYTHON. On y retrouve l'entité divine maléfique associée à un animal, le Bien incarné par les représentants de l'Église et les âmes perdues qui soit trouveront le chemin de la raison, soit mourront dans d'atroces souffrances pour n'avoir pas su accepter la supériorité du Dieu unique. Au-delà de cet aspect douteux, le film est extrêmement long et répétitif malgré sa durée d'à peine 75 minutes, et s'avère parfois difficile à suivre du fait de ses acteurs locaux jouant dans un anglais pas toujours très compréhensible. Cependant, il reste plus digeste que THE PYTHON compte tenu des péripéties vécues par notre pauvre héroïne, plus intéressantes que les tergiversations théologiques du premier film Kerozene

AVENTURES FANTASTIQUES aka THE FABULOUS WORLD OF JULES VERNE aka VYNÁLEZ ZKÁZY - Karel Zeman, 1957, Tchéchoslovaquie

Nous prenons place à l'aube du XXème siècle, alors que la science et l'évolution technologique sont en plein boum créatif permettant soudainement à l'homme de s'aventurer là où jamais il n'avait pu se rendre. Désormais, traverser le ciel, en ballon, en avion ou même en bateau n'est plus problème. Sonder le fonds des mers à l'aide d'un sous-marin ou d'un scaphandrier est d'une simplicité enfantine. Et Simon Hart, ingénieur assistant de l'éminent professeur Roche, ne cesse de s'en émerveiller. Ses modèles sont Robur le conquérant ou le Capitaine Nemo, des noms qui lui font chavirer l'esprit. Mais le professeur Roche est sur le point de finaliser une invention moins réjouissante: la production d'énergie via un savant bidouillage d'atomes, la solution à bien des soucis d'alimentation et d'éclairage, mais aussi le déclencheur de ce qui pourrait devenir une bombe d'une puissance cataclysmique. Et c'est le vil comte Artigas qui manifeste son intérêt dans le pouvoir destructeur de cette future invention. Alors, il kidnappe le scientifique et son assistant, puis les emmène en sous-marin sur son l'île-industrie dont le rendement des machines laisse penser qu'un volcan en activité se prépare à tout moment à dégorger de la lave de toute part. Bien évidemment, les motivations d'Artigas ne sont autre que la domination du monde...

Voir un film de Karel Zeman est quelque chose de merveilleux. Entre son récit fort en humanité et ses techniques de réalisations atypiques, il est difficile de ne pas succomber au charme de son oeuvre. Ses mélanges de dessins et de prises de vue réelles, s'incrustant les uns dans les autres, donnent à l'ensemble un style relativement naïf qui a pour effet d'émerveiller. Les techniques "primitives" de Zeman, donnant l'impression de collages de papier et de décors expressionnistes en carton, se trouvent d'ailleurs être bien plus belles que n'importe quelle incrustation moderne de personnages réels dans un décor animé et sont surtout en parfaite adéquation avec son sujet. Quant à l'aventure qui nous est contée, celle-ci ne manque pas de rebondissements. Entre attaques de navires à coup de sous-marin, exploration des grands fonds marins au milieu d'une faune aquatique un brin fantaisiste, un duel homérique entre une pieuvre géante et un scaphandrier armé d'une hache, l'île volcan du comte Artibas digne des repères les plus fous des ennemis de James Bond, il n'y a définitivement pas matière à s'ennuyer. Kerozene

BAD BLOOD aka Coisa Ruim - Tiago Guedes et Frederico Serra avec Adriano Luz, Manuela Couto, Sara Carinhas, 2006, Portugal

Toute la famille Monterio, mari, épouse, la fille-mère, le jeune garçon et le plus vieux qui va les rejoindre après les examens, vont habiter la maison héritée du vieil oncle perdue à la campagne. Maison dont tous les cousins ne voulaient pas de toute façon. Rapidement tout le monde est confronté aux mythes de la région reculée et finalement à l'étrange histoire qui entoure la maison. Le couple est d'un naturel sceptique tout comme le jeune curé arrivé depuis quelques années, mais l'horreur va les rattraper au détour...

L'art du cinéma fantastique tient à sa capacité de nous faire croire à l'incroyable. Ici, comme dans les classiques de maisons hantées et de fantômes revanchards, la réalisation prends le temps de bien camper les personnages et de les faire basculer tranquillement et inéluctablement dans un autre monde et d'autres croyances que l'on croyait effacées par la civilisation. Belle réussite pour un film sobre mais efficace, aux acteurs de talent, qui nous amènent vers un final qui brasse. À découvrir. Mario Giguère

  BEOWULF & GRENDEL - Sturla Gunnarsson, 2005, Islande/Grande-Bretagne/Canada

Qui mieux que les scandinaves pouvaient porter à l'écran la légende de Beowulf et Grendel? Robert Zemeckis diront certains, et c'est vrai que son film en motion capture n'est pas dégueulasse, mais pour plein de raisons, je lui préfère ce film-ci. D'abord parce que ce n'est pas un film en motion capture (non pas que je sois contre, mais des acteurs de chair et d'os, ça reste tout de même irremplaçable), parce que les décors islandais sont d'une beauté renversante, que la dimension du récit est ramenée à une échelle plus humaine, et parce que le ton du métrage est étonnamment décontracté. Les vikings sont ici de gros rustres, ils sont vulgaires, ils sont sales, ils sont orgueilleux et ils sont pouilleux, un panel de qualités que l'on imagine finalement pas très éloigné d'une certaine réalité historique. Un portrait que le troll Grendel ne fait finalement que refléter via sa laideur physique.

Le film se concentre sur la partie du conte la plus connue, Beowulf (Gerard "300" Butler), guerrier légendaire, tueur de créatures maléfiques, débarque sur les côtes danoises pour pourfendre l'infâme troll sanguinaire Grendel. Et plutôt que de mettre en scène des bastons homériques, Sturla Gunnarsson préfère miser sur l'atmosphère et les dialogues. Une atmosphère propre à un univers nordique, hostile, moite, et dans lequel les êtres les plus méprisables ne sont peut-être pas ceux que l'on veut bien nous faire croire, comme peut en témoigner la troublante Selma (Sarah Polley, L'ARMEE DES MORTS), sorcière exilée ne supportant plus la présence de ses compatriotes alcooliques et bornés. Emmené par un humour volontiers paillard (Grendel qui pisse contre la porte de la taverne), un scope somptueux qui offre des images de contrées féériques, et une mise en scène soignée, BEOWULF & GRENDEL s'impose comme LE film adapté du fameux conte épique. Kerozene

The BOTHERSOME MAN - Jens Lien, 2006, Norvège/Islande

Andreas, un homme visiblement largué car récemment suicidé, arrive dans une ville dont il ne connaît rien. Il est accueillit, logé, on lui offre un job, il rencontre rapidement une belle femme décoratrice d'intérieur et tout le monde est vachement sympa. Mais ce petit monde a comme un arrière-goût d'amertume : tout est réglé comme sur du papier à musique, personne ne s'offusque de rien, personne ne se réjouit de rien, les relations amoureuses sont finalement tristes car dénuées de sentiments réels et si un type se tue devant vous cela n'étonne personne. La seule réaction sera l'arrivée de deux fonctionnaires ternes venus pour faire le nettoyage. Pire encore, les odeurs n'existent plus, les aliments n'ont aucun goût, tout se ressemble dans une société uniformisée à l'extrême et arpentée par un peuple insouciant car lobotomisé. Et le jour où Andreas décide de s'ôter la vie à nouveau, il découvre que dans ce monde, même ce privilège discutable lui est refusé. Sa rébellion contre le système commence alors.

Ingénieux, drôle, original, touchant... les qualificatifs élogieux que l'on pourrait donner à THE BOTHERSOME MAN sont plus que nombreux car il s'agit ni plus ni moins de l'un des meilleurs films que j'ai pu voir ces dernières années. Dans cet au-delà presque monochrome, Jens Lien dépeint un monde certes aseptisé et dénué de sentiment mais qui est en même temps le reflet de celui dans lequel nous vivons. Son film est une violente et acerbe réaction face à l'uniformisation de l'individu dans les civilisations occidentales, une sorte de coup de gueule à un monde McDonaldisé où tout individu " normal " va acheter ses meubles forcément impersonnels chez Ikea, où l'intérêt pour l'autre n'est que superficiel et où les plaisirs basiques sont délaissés pour une culture du "paraître bien dans sa peau" aux yeux d'autrui. Le premier plan du film, un long gros plan d'un couple de jeunes adultes s'embrassant baveusement et profondément mais sans passion aucune, traduit à lui seul la détresse de la situation actuelle et est aussi absurde qu'effrayant. THE BOTHERSOME MAN est franchement drôle au niveau de sa forme - et bizarrement la scène du suicide d'Andreas est la plus hilarante de toutes (j'en ai pleuré de rire), mais inquiétant dans le fond. Voire effrayant.

Fort d'un scénario ingénieux, Jens Lien soigne également sa réalisation de manière prodigieuse. Les plans propres et superbement cadrés sont d'une sobriété aussi séduisante que déconcertante et la progression narrative est d'une intelligence rare permettant une mise en place se passant de tous dialogues superflus. Exemplaire et indispensable ! Kerozene

Site officiel : http://www.bothersomeman.com 

BOY EATS GIRL - Stephen Bradley, 2005, Irlande

Un ado un peu rebelle aime la fille d'un riche homme d'affaire qui ne l'apprécie guère. L'ado donne rendez-vous à la fille dans le but de lui déclarer sa flamme, la fille ne peut se rendre au rendez-vous car son père le lui interdit, ils ne peuvent pas s'appeler car il n'a pas de couverture réseau, elle décide donc de faire le mur, tandis que lui, désespéré, rentre chez lui l'air tout penaud. Suite à un malheureux concourt de circonstance, il finit par croire que cette fille si pure n'est en réalité qu'une sale traînée qui suce les bites des pires queutards du lycée. Tout malheureux, il s'enferme dans sa chambre, se vide une bouteille de gnôle, et s'amuse avec une corde qu'il met autour de son cou... manque de pot, sans le vouloir, notre ado finira raide mort au bout de celle-ci... Pas flippée pour autant, sa mère embarque la dépouille du fiston et le ressuscite grâce à une recette vaudou dénichée dans un vieux grimoire. Lorsqu'il se réveille, tout semble aller pour le mieux... sauf que notre jeune héros a faim et que rien excepté la chaire humaine ne saurait désormais le satisfaire. Ajoutez à cela le fait que ses forces se voient décuplées et que chacune de ses morsures transforme ses victimes en zombies, et vous aurez le prototype même du zombie moderne, collant des gnons dans la gueule, courant des sprints d'enfer et balançant un ou deux one-liners plus ou moins bienvenus.

L'Irlande... un beau pays plein de prés verts et de moutons qui paîtrent paisiblement, un pays dans lequel les litres de Guinness s'écoulent comme autant de cours d'eau au ruissellement idyllique... Un pays qui ne connaissait pas grand chose du film de zombie, en somme. Et là, en deux ans, l'Irlande nous livre non pas un mais deux films de zombies ! DEAD MEAT en 2004, et ce BOY EATS GIRL en 2005. N'hésitons pas à saluer cette initiative bienvenue, et réjouissons-nous de voir émerger une nouvelle scène du cinéma horrifique que nous aimons ! Cependant, BOY EATS GIRL n'est pas non plus le must du genre. Son côté teen comédie pleine de clichés sur les ados en quête de filles rappelle inévitablement la saga AMERICAN PIE. Si l'humour pouêt-pouêt-pipi-prout n'est pas aussi développé, certains passages s'avèrent tout de même similaires, surtout lors des apparitions des seconds rôles rigolards et puceaux. Les zombies, eux, sont bien présents et courent dans tous les sens sans jamais effrayer qui que ce soit - mais là n'est pas le propos du réalisateur de toute façon, qui semble d'ailleurs avoir débauché ses potes d'université pour faire de la figuration à l'œil. Les quelques attaques dispensent des effets gores de rigueur jusqu'au final quasi-orgiaque qui lorgne du côté du BRAINDEAD de Peter Jackson avec un style un peu plus brouillon : la horde de zombies se fait décimer à coup de moissonneuse batteuse, provoquant une pluie de membres spongieux sur des riffs de néo-métal. Un final fort en hémoglobine avant un happy-end imbécile qui rappelle rapidement l'aspect inoffensif de ce film honnête mais bien trop lisse et qui commet l'erreur de cibler un public djeunes à l'esprit peu critique. Kerozene

 

The CREMATOR - Juraj Herz, 1968, Rép. Tchèque, noir et blanc 

Réalisé pendant l'invasion soviétique de Prague, ce film a été banni pendant plus de 20 ans pour faire surface qu'au début des années 90. Il raconte la descente dans la folie d'un incinérateur de cadavres, Karel Kopfrkingl (Rudolf Hrusinsky), vivant une vie de famille exemplaire: il adore sa femme, voit personnellement à l'éducation de ses deux enfants, aux activités de la maison et est très dévoué à son travail. Dans ses temps libres, il lie un livre sur les rites funéraires du Tibet et philosophe sur le Dalai-Lama et la réincarnation. Bref, une existence des plus normale.

Mais voilà, l'Allemagne d'Hitler envahit peu à peu la République Tchèque et notre bon ami réussit à se faire convaincre qu'il a du sang allemand et qu'il devrait vite se débarrasser des "dangers" qui menace sa pureté dont sa femme (d'origine juive) et ses deux enfants.

Un montage serré très sixties ne laissant place à aucun temps mort, un excellent usage du wide-angle, un acteur extrêmement charismatique (Rudolf Hrusinsky), des dialogues empreint d'humour noir, une imagerie gothique et grotesque, une musique et une atmosphère hypnotisante, la présence en leitmotive fantomatique d'une ancêtre à Soledad Miranda, des transitions entre chacune des scènes à en faire baver Robert Lepage, et cet esprit morbide très Europe de l'Est font de THE CREMATOR un des meilleurs films que j'ai vu depuis bien longtemps. Dommage qu'il ne semble pas vouloir se pointer en VHS ou DVD.

(À noter que j'ai vu ce film dans le cadre de la rétrospective du cinéma d'horreur et fantastique tchèque à la Cinémathèque Québécoise) Mathieu Prudent

DARK FLOORS - Pete Riski avec le groupe Lordi, Skye Bennett, Dominique McElligott, 2008, Finlande

Une jeune fille autiste et son père qui veut la sortir de l'hôpital sont dans un ascenseur avec une infirmière, un gardien de sécurité, un vieil homme et un homme d'affaire. Lorsque l'ascenseur bloque et que finalement les portes s'ouvrent, tout ce beau monde est dans une autre dimension, tout est sale, il y a plein de morts et des démons qui essaient de leur faire peur.

Lordi est ce groupe heavy metal qui a remporté le concours Eurovision en 2007. Succès qui leur a permit de tourner ce film qui ressemble comme deux gouttes d'eau à un SILENT HILL des pauvres. J'ai rit plus souvent qu'autrement, et je n'étais pas le seul, devant une enfilade de clichés de films d'horreur que le moindre scénariste compétent aurait retravaillé. Beaucoup d'argent, pas d'idées. En plus le look des démons, comprenant le démon en veste de cuir, n'est pas vraiment original, au départ. L'abondance d'effets numériques ne peut cacher l'absence de talent. Le réalisateur, qui a surtout fait les clips du groupe auparavant, n'arrive pas à tirer grand chose de tout cela. En plus les acteurs ne font pas vraiment le poids en commençant par la jeune fille, pas très bien dirigée. Risible ou triste, c'est selon le spectateur. Mario Giguère

EXTRÊME DANGER aka Mission explosive aka HIGH EXPLOSIVE - Timothy Bond avec Patrick Bergin, Désirée Nosbusch, Daniel Petronijevic, Nina Muschallik, 2000, Afrique du Sud/Royaume Uni/Canada, édition DVD chez VIDEO FIGHT

Films vidéo nous proposant les aventures africaines d'un groupe d'humanitaires, perdus au fond de la savane, démineurs de leur état, et toubib - pour ce qui est du rôle tenu par l'héroïne.

Belle photo, il est vrai, pour une histoire frôlant le gore, bras cassé, avec fracture ouverte, après un (très réussi) crash d'avion, mais brisée par le refus de vraiment aller vers la violence indispensable, à tout film mettant en scène des guerres civiles, où de plus, sont montrés des mercenaires.

Ici le mercenaire, et les violences tribales sont soft, trop soft, loin des quasi documentaires que furent LES OIES SAUVAGES d'A M Lagen, ou  LES CHIENS DE GUERRE, ou encore LE DERNIER TRAIN DU KATANGA avec l'impressionnant Rod Taylor - trop soft les gars - trop soft. Vince Rogers

FANTOM KILER - Roman Nowicki, 1998, Pologne ( probablement Angleterre )

KILER avec un seul "L", c'est voulu, on sait pas pourquoi.

Toujours est-il que cette bande polonaise, ce "giallo érotique", tournée en vidéo bénéficie d'un souci esthétique assez surprenant, avec des éclairages soignés et une photo léchée. Le scénar gagnerai par contre aisément le prix du scénar le plus con de l'histoire: un tueur assassine violemment des bombes sexuelles siliconées qui se foutent à poil pour cause de prétexte bidon. Et attention, parce que toutes les excuses sont bonnes pour nous les foutres à poil ces gonzesses (et bon dieu ce qu'elles sont bonnes). Les meurtres, perpétrés par un tueur masqués, sont assez violents et plutôt bien filmés (couteau, burin dans le vagin, etc...). Une scène mythique montre une donzelle expliquer à un gars l'histoire du roi Arthur et d'Excalibur. Elle dresse ainsi son croupion en l'air, y introduit une cuillère en bois, et l'homme à une minute pour prouver qu'il est le roi Arthur! Exemple d’aberration scénaristique: une fille qui se trouve à la gare perd ses clés de voiture et se retrouve devant celle-ci, incapable de l'ouvrir, en pleine forêt au milieu de nulle part (!!!!). Le tueur arrive. Elle s'échappe, Oh ! Attention, des barbelés. Pour ne pas déchirer sa robe, hop, elle l'enlève et se fout à poil...

Vraiment hallucinant, et dire qu'il y a deux suites, c'est assez effarant. Extrêmement con et misogyne, mais tellement divertissant... Kerozene

www.fantomkiler.com

Un duo de concierges demeurés - l'un d'eux ressemble à s'y méprendre à Mario, des Mario Bros, avec sa moustache, son bérêt et sa salopette ! - et misogynes travaillant dans une gare passent plutôt leurs journées complètes à regarder passer les femmes et à les imaginer nues, les insultant entre eux parce qu'elles leur sont inaccessibles. Le soir venu, alors que des demoiselles bien gonflées se perdent dans les bois - c'est bien connu ! - et sont déshabillées par les ronces (bien sûr !), un tueur masqué et ganté les traque et les assassine d'une manière un peu brutale, visant généralement les organes reproducteurs de ces dames.

La débilité de ce film n'a pas de limite. Si on ose comparer cette collection de vignettes quasi-porno à un véritable giallo, on tombe de haut, et ce jusqu'au fond d'un trou vraiment profond, pavé d'une idéologie plus que douteuse et d'une "objectivité" questionnable.

Le propos ici semble être que les femmes qui se font attaquer le "méritent". La caméra s'attarde pendant de longues minutes sur les actrices siliconées qui marchent dans les bois, nues, et le montage des scènes de meurtre est fort agaçant, épileptique et bourré d'effets à deux sous. Tournée en vidéo, cette production est supposément un canular britannique. Il n'y a pas grand chose de rigolo là-dedans, pourtant...

Pas que le film est désolant à visionner, car il y a quand même de bons moments - la théorie de la cuillère, ou la connasse qui "perd" ses vêtements pendant que le Kiler répare son moteur - mais c'est en général inutilement long et on cherche en vain un développement ou un propos.

Il y a deux suites, qui semblent être du même acabit. Mais j'imagine que quand on en a vu un, n'importe lequel, on les a tous vu, non ? Voilà en tout cas un visionnement bien étrange souvent interrompu pour aller aux toilettes, ou passer des coups de fil, ou aller se désennuyer sur le web... Orloff

FANTOM KILER 2 - Roman Nowicky, Pologne

On prend les mêmes (ou presque) et on recommence.

Sauf qu'ici, les filles qui se foutent à poil pour un prétexte bidon ne sont que quatre. Donc quatre meurtres assez gores, façon giallo, toujours tournés en DV, dans les même décors que dans le premier FANTOM KILER. La fille qui se choppe une cuillère en bois dans le cul dans l'épisode précédent revient et refait la victime, elle nous offre aussi le semblant de plan hard du film lorsque qu'une main gantée vient lui chatouiller les lèvres vaginales. Les dialogues sont à pleurer: le flic con retrouve le témoin d'un meurtre (une pute) ligotée et bâillonnée au volant de sa voiture "mais qu'est ce que tu fous, tu crois vraiment que c'est le moment de t'amuser à ce genre de truc ?". Et le tueur arrive par derrière.

Bref, ça ne se prend pas au sérieux une seconde, les filles sont toujours aussi superbes et ont toujours des sexes rasés, la photo est joliment soignés, et c'est toujours aussi con, mais le premier film est mieux. La bande-annonce de FANTOM KILER 3 laisse présager quelquechose d'un peu moins monotone par contre...  Kerozene

Il semblerait maintenant que les deux films ont été tournés en Angleterre, la Pologne n'étant qu'un prétexte pour éviter la censure et piquer la curiosité. Mario Giguère

FIN AOÛT A L'HOTEL OZONE aka THE END OF AUGUST AT THE OZONE HOTEL aka LATE AUGUST AT THE OZONE HOTEL aka KONEC SRPNA V HOTELU OZON - Jan Schmidt, 1966, Tchéchoslovaquie

Voilà une curiosité qui ne manque pas de piquant : un post-nuke nihilisto-féministe en provenance d'Europe de l'Est tourné dans un noir et blanc chatoyant. On y découvre une horde de jeunes femmes arpentant une terre inhabitée suite à une guerre fatale. Menées par une femme d'un certain âge qui a eu la chance de connaître la Terre peuplée par l'espèce humaine, cette dizaine de jeunes femmes d'une vingtaine d'années et n'ayant jamais côtoyé le monde civilisé se comporte de manière quasi primitive. Se nourrissant de boîtes de conserve, faute d'une terre saine propre à la culture, leur attitude infantile, voire quasiment barbare, est contenue par la sagesse de leur aïeule qui n'a jamais perdu l'espoir de trouver un jour un groupe de survivants. On suit alors leurs pérégrinations désolées jusqu'à ce qu'elle rencontre enfin un homme vivant dans les ruines d'un hôtel, l'Hôtel Ozone... Cet homme d'un certain âge se liera logiquement d'amitié avec leur leader. Cet homme pour qui l'ampleur du bonheur d'enfin pouvoir ressentir un contact humain après des années de solitude sera aussi grand que l'atroce désillusion qui l'attend.

Froid, dur, irritant et fascinant sont les mots qui viennent à l'esprit pendant la vision de ce film à l'ambiance pesante. Toute trace d'espoir se voit constamment balayée par des actes égoïstes, tout bourgeonnement de tendresse se voit annihilé par une ignorance destructrice. Et comme si cela ne suffisait pas pour rendre ce métrage difficile, les actes de cruautés envers certains animaux présentés ici n'ont rien à envier aux films de cannibales italiens. Si un serpent se faisant trucider peut ne pas déranger, si une vache abattue sans douleur avant de se faire étriper à mains nues peut ne pas particulièrement choquer, il est en revanche beaucoup difficile de rester insensible face à l'exécution douloureuse d'un chien errant visiblement blessé par balle pour les besoins du film et dont les hurlements de douleur ne seront abrégés que par un coup de crosse sur la nuque. Justifiable ? Certainement pas, même si cela sert les propos du film. Mais un chien ça se dresse, jusqu'à preuve du contraire. Malheureusement cela altère quelque peu l'appréciation générale d'un film rare et touchant dont le final ironique aura vite fait de laisser un goût amer dans la bouche. Fascinant donc, mais éprouvant. Kerozene

FRITT VILT aka COLD PREY - Roar Uthaug avec des montagnes enneigées, des jeunes et un tueur au pic à glace ! 2006, Norvège, 97m
 
La Norvège est sans doute plus connue pour ces fameuses omelettes que pour ces Slashers ! Et ce n'est pas avec Roar Uthaug, que ce rapport de force changera !... Et pour cause, son film n'est qu'une accumulation de clichés ne parvenant jamais à se démarquer de ce qui se fait de plus naze outre atlantique. Jugez-plutôt :
Cinq jeunes partent faire du snowboard en hors piste lorsque le pépin arrive. L'un d'entre eux, Morten Tobias (pas de doute, on est en Norvège !) chute brutalement et se fracture le "Tibias Mortel" (d'ou son nom sans doute)... Pas de choix pour ces potes, que d'investir, en attendant d'hypothétique secours, un vieil hôtel abandonné croisé peu de temps auparavant. Manque de pot, un psychopathe à élu domicile depuis les 70's dans la cave... et il n'aime apparemment pas être dérangé !

Impossible, sans le savoir auparavant, que l'on visionne un film Norvégien.. Et le principal problème se situe sans aucun doute là! Même si le film prend les couleurs de sa glaciale terre natale et nous offre de magnifiques images de montagne, la consolation au final restera plutôt maigre, tant la ressemblance avec les films américains est proche. Roar Uthaug ne parvient pas totalement à créer un climat de paranoïa et de stress, qui pourtant, au vu du lieu où se tient l'action, aurait pu s'y prêter parfaitement. COLD PREY s'attache longuement à présenter ses personnages. Inutile de chercher à percer la psychologie du tueur, il n'est là que pour terroriser les jeunes héros auxquels on aura eu largement le temps de s'habituer, le premier meurtre ne survenant qu'à la demi heure bien entamée. Le nombre de participant étant de six en comptant le maniac du piolet, on aura vite fait le total, en épargnant le survivant final, du nombre de mort qu'il nous restera à nous mettre sous la dent... Faut dire que Jason, de ce côté-là au moins, fait de deux à trois fois mieux !!

Dommage que Uthaug ait lui, refusé d'emprunter le hors piste pour réaliser son film. Marc Evil

FUNNY GAMES - Michael Haneke, 1997, Autriche

Ce film de Michael Haneke m'a laissé perplexe. D'une part, il possède des qualités indéniables ; d'autre part, je ne peux pas hurler " chef-d'oeuvre " pour plusieurs raisons. Essayons de démêler le tout.

Le scénario de FUNNY GAMES explore un terrain connu : comment deux petites crapules parviennent à terroriser une famille bourgeoise moyenne partie en vacances. On reconnaît là les grandes lignes de films comme LAST HOUSE ON THE LEFT, THE HILLS HAVE EYES, WEEK-END DE TERREUR (William Fruet), etc. Qui dit "terrain connu" dit inévitablement "comparaison", et, pour ce motif, il est difficile de ne pas comparer FUNNY GAMES à ses modèles évidents...

L'originalité du film est donc mise en cause... D'autant plus que les fameuses humiliations infligées à la famille ne vont pas trop loin, en comparaison de LAST HOUSE ou de HOUSE ON THE EDGE OF THE PARK. HITCH-HIKE, basé sur un canevas semblable, était parvenu à s'en sortir par des retournements de situation très inattendus et des personnages psychologiquement complexes. Ce n'est pas le cas dans FUNNY GAMES où chaque protagoniste est relativement unidimensionnel.

Le scénario n'apporte donc guère de surprises, si ce n'est quelques brefs passages expérimentaux qui relèvent plus de l'exercice de style qu'autre chose (j'aimerais être plus précis, mais je crains de trop en dire, pour ceux qui n'ont pas encore vu le film).

C'est ailleurs qu'il faut chercher les qualités de FUNNY GAMES : au niveau de l'interprétation, très bonne... Au niveau des cadrages et de la photographie, élaborés et professionnels. Le réalisateur a choisi de n'inclure aucune trame sonore dans son film, ce qui est intéressant. La seule musique qu'on entende de temps à autre, ce sera donc celle que tel personnage écoute dans sa voiture ou sur sa chaîne hi-fi. Jamais de violons qui viennent souligner de scènes dramatiques en cherchant à manipuler le spectateur. Ce choix sobre est à souligner.

Pour le reste... Je serais bien en peine de dire autre chose. J'ai eu l'impression d'un thriller soigné, mais je dois dire que FUNNY GAMES ne deviendra pas l'un de mes classiques. Il y manque peut-être ce grain de folie, cette démence contrôlée qui allume les meilleurs films. Ici, on a affaire à une mécanique bien huilée, mais relativement sage (malgré le propos)...

Le DVD de FOX LORBER ne contient à peu près aucun supplément, sauf une bande-annonce (qui en révèle trop, comme d'habitude) et des éléments de filmographie (format "texte"). Howard Vernon

GA, GA: GLORY TO THE HEROES aka Ga, ga: Chwala Bohaterom - Piotr Szulkin, 1985, Pologne

Terre, XXIème siècle. Plus personne ne souhaite prendre de risques inutiles pour coloniser l'espace, tout le monde préfère rester pépère le cul enfoncé dans son fauteuil. Du coup, la conquête de l'espace se fait grâce à des prisonniers embarqués contre leur gré dans une navette pourrie à l'hygiène bien éloignée de l'Enterprise du Capitaine Kirk et envoyée au hasard d'une trajectoire plus ou moins définie. C'est l'aventure de l'un de ces prisonniers que nous suivons. Un homme loin d'être dupe quant à l'honnêteté de ses dirigeants et qui se plie bien malgré lui à leurs caprices de bureaucrates bornés. Son vaisseau atterrit sur une planète habitée par des humains parlant le polonais tout comme lui et où aucun soleil ne brille jamais. Accueillit par un homme ravi de lui apprendre qu'il est le nouveau héros attendu par le peuple, notre cosmonaute se voit confié aux bons soins d'une jeune prostituée mineure dont il tombe amoureux. Mais l'administration absurde de cette planète lui réserve de bien mauvaises surprises : son statut de héros lui impose de commettre un crime pour finir empalé en public lors d'une cérémonie diffusée sur les chaînes de télévision ! Mensonges, manipulations, faux-semblants, cette planète ne vaut finalement pas mieux que la Terre...

Voici un récit aussi cynique que critique envers une société fictive dissimulant à peine la Pologne des années 1980. Le réalisateur, en attaquant cette planète ressemblant étrangement à une petite ville polonaise aux fausses allures libertaires (les enseignes aux néon à l'américaine promouvant des hamburgers) se permet bien évidemment de pointer du doigt les honteuses manipulations que le peuple polonais a subit durant les dernières années de la guerre froide. Entre une notion de liberté toute relative (" vous êtes libre de faire un choix entre ces quatre propositions " soutient l'ordinateur de bord de son vaisseau) et une représentation peu glorieuse des forces de l'ordre (la police met en scène un supposé viol commis par notre héros sur la jeune mineure), tout ce qui définit l'administration passe à la moulinette, en prenant au passage la population lâche obéissant aveuglément et se permettant les pires bassesses pour un peu d'argent (les voisins prétendant que leur fille est aveugle).

De la SF à message donc, remplie de personnages hauts en couleur, comme le " serviteur " du héros et sa cravate coquine, le directeur dirigeant tout depuis son tripot pourri, le cuistot de celui-ci servant des hot dogs que l'ont pourrait appeler des " hot-fingers " vu leur contenu, la vieille pute périmée, l'autre " héros " insouciant qui se laisse aller à la luxure avant l'empalement fatal, le journaliste de télévision prêt à quelques bassesses pour obtenir une interview du héros pendant son exécution et les voisins compréhensifs qui lui offrent avec compassion un tube de vaseline... Une belle métaphore pour dire élégamment que le système encule les hommes possédant encore quelques valeurs humaines. Kerozene

GINSENG KING aka THREE HEADED-MONSTER - Wong Guk-Gam, Taïwan, 1987 ou 1989

Il y a des films comme ça qui semblent vraiment sortis de nulle part, comme ce GINSENG KING et son scénario totalement foutraque qui carbure à la racine de gingembre hallucinogène. Le Ginseng King, ou Roi Gingembre pour la VF qui n'existe pas, c'est un tubercule humanoïde millénaire d'environ un mètre cinquante, qui possède une paire de gros yeux globuleux et dont la consommation garantie une jeunesse éternelle. C'est après que la maman d'un jeune garçon se fasse croquer pour un zombie-vampire nazi qui lance son bras en l'air toutes les trente secondes en hurlant "Zieg Heil!" en chinois (ce qui surprend un peu au départ), que ce dernier part en compagnie d'un moine à la recherche du Roi Gingembre récemment capturé par une jolie princesse karatéka pour le compte d'un monstrueux seigneur du Mal à trois têtes entouré par une armée de sbires verdâtres. Aidés par les géants "Œil" et "Oreilles", le gamin et le moine retrouvent la trace de la racine emprisonnée et s'en vont le libérer.

Cette bande dont l'origine reste incertaine (suivant les sources, le film serait Thaïlandais, Taïwanais ou Hongkongais.... Je penche pour Taïwan, car ce qui semble être le générique d'origine est en chinois et certainement pas en Thaï et ce genre de production fauchée me semble plus habituelle pour Taïwan que pour HK) vaut son pesant de rouleaux de printemps! Surprenant, survolté, truffé d'effets spéciaux totalement cheap (la palme revenant au fils du Roi Gingembre, une racine baladeuse et taquine), souvent drôle (involontairement ou non), GINSENG KING offre un dépaysement garanti au pays des légendes orientales. Difficile de dire s'il s'agit d'un film pour enfant ou non tant la naïveté générale détonne avec certains passages tout de même un peu violent pour des marmots. On se demande aussi comment ce zombie nazi a atterrit ici, mais sa présence offre une inoubliable scène d'anthologie méritant de figurer au panthéon des scènes les plus "autres" jamais réalisées! Kerozene

HARDCORE - Dennis Lliadi avec Katerina Tsavalou, Danai Skiadi, 2004, Grèce, 86m

Le destin intense et dur de deux jeunes femmes, Nadia et Martha dans l'enfer du milieu de la prostitution a Athènes.

Avec un titre comme ça, je dois dire que mes attentes envers ce film n'était pas des plus hautes, surtout avec l'explosion du cinéma dit de ''GENRE''(un terme qui regroupe, à mon avis ,un peu n'importe quoi) et d''EXPLOITATION''(Tarantino, qui nous avoue être un grand fan et lui rends supposément hommage dans DEATH PROOF/PLANET TERROR, mais avec 1000 fois le budget de ces productions riquiquis!, les scratches dans la péloche en plus pour faire vrai, signe d'un très grand cinéaste, car a part  PULP FICTION et KILL BILL ...je me garde le droit de me censurer, histoire de ne pas déplaire aux inconditionnel du très très grand Quentin.

Bon, je range les armes pour finalement revenir dans le vif du sujet...

Sans aller dans le hard a la manière de Baise-Moi, Lliadis filme sans concession et trace un portrait impitoyable sur ce milieu trash et sordide sans jamais tomber dans la facilité. L'interprétation est solide, la caméra est nerveuse, les images sombres mais expressives, la surprise est totale et même la quête d'amour des deux jeunes filles sonne vraie. Disons que l'ambiance sur le plateau ne devait pas être jojo, surtout pour les deux très jeunes comédiennes qui se donnent corps et âmes la dedans...ça prends toute une paire de couilles pour accepter ce genre de rôle et elles méritent toute mon admiration.

Ce qui n'est pas pour me déplaire, Lliadis vient de compléter le remake de THE LAST HOUSE ON THE LEFT, j'espère seulement que le studio va lui donner une vraie chance de s'exprimer sans avoir à y être le yes-man de service comme c'est malheureusement   le cas pour de nombreux réalisateurs qui en reviennent souvent avec un goût amer dans la bouche...  Pierre Beaulieu

INSOMNIA - Erik Skjoldbjærg avec Stellan Skarsgård, Norvège, 97m

Jonas Engstrom, un inspecteur Suisse se rend en Norvège pour enquêter le meurtre d'une jeune adolescente de 15 ans. Le meurtrier apparaît avoir fait un crime tout à fait parfait, amenant l'inspecteur à être tellement obsédé par l'enquête qu'il en devient insomniaque . Des imprévus viennent gêner une enquête qui n'avance pas, l'inspecteur descend par mégarde son partenaire pendant une descente dans le brouillard. Engstrom traffique la scène du crime et la folie peu à peu, commence à le dominer.

C'est assez intriguant ce film, l'ambiance est installée avec beaucoup de brio. Le réalisateur montre une région qui malgré ses 24 heures de soleil est d'une froideur extrêmement malsaine et inconfortable. Ne vous attendez surtout pas à une orgie de couleurs. c'est tellement neutre qu'on pourrait y mettre une ressemblance avec le purgatoire Le point négatif de cette ambiance est que le film perd un peu son spectateur quand la scène n'est pas le moindrement stimulante ( heureusement, le film est court et ces scènes un peu raté ne sont pas nombreuses) . Le point positif que le point négatif amène ( Comme c'est clair) c'est l'imprévisibilité qui entoure chacune des scènes. C'est aussi grâce à la performance impressionnante de Stellan Skarsgard qui dépeint un personnage fascinant qui, à cause de tous les problèmes qui l'entourent devient carrément dément.

Skarsgard ne joue pas le rôle d'un dément, IL est dément. On n'aurait pas pu trouver un meilleur choix pour interpréter le rôle principal. Pour ce qui est des autres acteurs, personne ne se démarque particulièrement mais rien n'est exagéré, le jeu de l'ensemble des acteurs est très subtil et toute en finesse ce qui aide encore plus l'incroyable atmosphère qui règne.

Un film surprenant, prenant, complexe et intéressant qui intéressera les fans non pas seulement d'enquêtes mais aussi pour ceux qui aiment les personnages complexes et tordus. IL ne me reste maintenant qu'à écouter le remake américain de Christopher Nolan avec Al Pacino et Robin Williams. Abba

INTERNATIONAL GUERILLAS aka International Gorillay - Jan Mohammed, 1990, Pakistan  

[Cette riviouw contient de nombreux SPOILERS] - Parler d'INTERNATIONAL GUERILLAS a quelque chose de périlleux. Car si sa forme prête à rire, son fond s'avère au contraire terriblement douteux. Le récit du film se déroule juste après que Komeni lance une fatwa contre Salman Rushdie pour avoir écrit "Les Versets sataniques". Le peuple musulman promet alors de mettre le chien à mort, mais c'est un commando improvisé, composé de trois frères pakistanais, qui va vraiment faire la différence et se sortir les pouces du derrière pour débusquer l'infâme mécréant réfugié dans un villa-forteresse protégée par une armée de soldats juifs dirigés par l'ignoble chef moustachu Batu-Batu. Et des moustaches, il y en a pléthore dans ce film. Tellement qu'on se retrouve rapidement perdu au milieu de tous ces moustachus que l'on peine à différencier. Mais ce n'est là qu'un détail car on est avant tout complètement subjugué par l'hystérie générale de la chose puisque le film combine des dialogues ahurissants à des gunfights fous furieux le tout entrecoupé de séquences musicales d'une kitscherie renversante. C'est qu'on est en plein film lollywwodien et que comme le veut la tradition - similaire à celle des voisins indiens - le film dure près de trois heures et se trouve truffé de chansons plus ou moins supportables à l'instrumentalisation parfois surprenante (on passe du disco à une sorte de techno old school toute moisie). C'est dépaysant, c'est kitsch, c'est relativement mal foutu dans l'ensemble (les acteurs cabotinent tous à l'extrême, le montage est ultra cut et donc parfois peu lisible) et donc très drôle par moment, mais le but de la chose est de brandir bien haut la supériorité de l'Islam et d'hurler à tue-tête que tout le reste ne mérite que la mort. L'insistance est d'ailleurs telle que ça en devient complètement abrutissant.

Le film se regarde donc comme une sorte de curiosité batarde, un hybride peu engageant entre le cinéma populaire et l'arme de propagande. S'attaquer de manière aussi frontale et brutale à une personne contemporaine relève de la pure diffamation. Rushdie, interprété par un homme qui ne lui ressemble que très peu (il est grand et chevelu) est dépeint comme un sadique pervers prenant un malin plaisir à exécuter à l'arme blanche des musulmans crucifiés dans son jardin. Son but: l'éradication des pays islamique, et par conséquent de l'Islam en général. De plus, il emploie d'étonnants stratagèmes pour échapper à ses chasseurs, comme l'emploi de clones. En témoigne une scène ahurissante où quatre Salman Rushdie s'assoient l'un à côté de l'autre afin de semer le trouble auprès de nos justiciers pour le coup déguisés en Batman! Déguisement totalement inattendu et pas vraiment justifié - bien que nos héros s'avèrent pro du déguisement - mais qui offre un des moments les plus marquants du métrage. Un métrage trop long - 2h40 de propagande crasse, ça use - et qui se termine sur un "hommage" involontaire à LA VIE DE BRIAN de Monty Python après quoi le vilain auteur se fait foudroyer par des corans volants surgis des cieux!! La commission de censure Britannique voulait au départ interdire la diffusion du film en Angleterre, où se trouve une large communauté pakistanaise. Mais c'est Rushdie lui-même qui insista pour lui donner le feu vert et ainsi tuer la polémique dans l'œuf. INTERNATIONAL GUERRILAS, gros succès dans son pays d'origine, connut une carrière ultra-courte dans une salle anglaise. Une seule journée, paraît-il, où personne où presque ne pointa son nez... Kerozene

ISOLATION - Billy O'Brien avec John Lynch, Essie Davis, Sean Harris, Marcel Iures, Ruth Negga, Irlande, 2005, 1h31

Un fermier au bord de la faillite confie à un laboratoire le soin de mener des expérimentations sur son bétail. Rapidement, une vache met bas un veau anormalement fort et agressif. Le fermier abat et brûle les deux bêtes. Mais une forme de vie monstrueuse a survécu&ldots;

Concision, voilà le maître-mot de cet étonnant film venu d'Irlande et primé au festival Fantastic'arts de Gerardmer 2006. Pas d'"opening jokes" ou de scènes d'exposition superfétatoires, on est d'emblée dans le feu de l'action ! Les liens qui unissent les quelques personnages sont sous-entendus, on fait confiance à l'intelligence du spectateur. C'est la première qualité de ce film, dans lequel jamais la psychologie ne vient affadir l'horreur. Les effets sont simples mais efficaces. Ces espèces de placentas de veau mutants occasionnent quelques moments gore bien pulvérisants, mais le film ne sombre jamais dans la boucherie (ce qui, vu le cadre, eut été un comble). Les références sont peu présentes, ISOLATION n'est pas un film pour "geeks". On pense parfois, pour l'unité de lieu et l'économie de moyens, à ABERRATION (de Tim Boxell), une attachante petite série B, qui a connu en France les "honneurs" d'une édition DVD très bon marché. Mais ISOLATION est nettement meilleur.

Finalement, la vertu essentielle du film réside dans son "humanisme". Alors qu'il pourrait orchestrer un jeu de massacre rigolard et potache, le cinéaste joue au contraire la carte de l'empathie, pour TOUS ses personnages, du fermier au scientifique en passant par les deux routards en cavale qui ont trouvé refuge dans la ferme. On se sent vraiment concerné par l'atroce situation dans laquelle ils sont plongés. Le film n'en est que plus "prenant", dans le bon sens du terme. Et on prend une authentique et salutaire claque ! Stelvio

The JOHNSONS - aka XANGADIX aka De Johnsons - Rudolf van den Berg, 1992, Hollande    

Ce film hollandais nous conte l'histoire de septuplés venus au monde à la suite de la première insémination artificielle. Le docteur se chargeant de leur arrivée dans la vie s'appelle Johnson. Et ce cher docteur Johnson voue un culte à une sorte d'entité embryonnaire divine appelée Xangadix. 21 ans plus tard, nous faisons connaissance avec une femme qui vit avec sa fille de 14 ans qui n'a jamais eu ses règles. Parallèlement, un professeur d’ethnologie de l'université découvre une malle contenant un film sur l'expédition de Johnson et ses confrères en Amérique du Sud, qui font la fête au milieu d'une cérémonie dédiée à Xangadix. Le père du  professeur, une sorte de marabout, détruit tout le contenu de la malle. Suite a une enquête du professeur, on apprend les sept frangins, qui n'ont jamais décroché un mot, ont buté à l’âge de 7 ans tous les mômes du foyer où ils se trouvaient. Enfermés maintenant dans une prison haute sécurité rien que pour eux, ils butent leur docteur et, comme ils l'avaient fait 14 ans auparavant, dessinent  un symbole sur le mur avec le sang de la victime le symbole de Xangadix. Tout près de cette prison, la mère et sa fille de 14 ans font des photos de Hérons. Hors la mère se trouve être une personne ayant offert ses ovaires pour l'insémination artificielle du début. Et, selon la légende, si sa fille se fait féconder par un des fils, ce sera l’avènement de Xangadix et la fin de la vie sur Terre, ou un truc du style. Pas toujours très clair, pas toujours très bien fait, le film se laisse tout de même regarder avec un certain intérêt, sans pour autant être super captivant, car il manque un peu de rythme. On a même droit à quelques scènes gores, lorsque la fille tue les vilains  frères aînés vers la fin: une décapitation, une tête perforée à l'aide d'un couteau électrique...  Xangadix est représenté comme une sorte d'embryon mutant, et est assez  ridicule, il faut l'admettre. Kerozene

KITCHEN STORIES aka Salmer fra kjokkenet - Bent Hamer, Norvège/Suède, 2003, 1h35

Synopsis intéressant grâce à l'élément de départ véridique que furent les études suédoises des années 50 sur les faits et gestes au foyer.

Film "mignon" ayant pour monstre un représentant du capitalisme ne s'arrêtant que 2 courts instants mais ivre avec son biplan privé d'où il émerge des sons de fiesta outranciers pour une petite campagne hivernale.

Film manquant de déversement de sang a possibilité de sommeil élevé puisqu'il s'agit d'humanisme, d'une amitié déployée lentement entre un suédois et un vieux-grincheux-norvégien sous une ambiance à la Tati.

-On somnole déjà? 

-Vite, un tit visionnement de la bande annonce et ça devrait être parfait. 

Outre ses gags charmeurs et le contexte historique, ce 4ème film de Bent Hamer parfait pour un dimanche soir pour ceux n'ayant pas de patience a le mérite de rendre encore plus avide de films étrangers. Deadmonton

le site officiel

KONTROLL - Nimród Antal, Hongrie, 2003

KONTROLL suit un groupe de contrôleurs travaillant dans le métro de Budapest. On y découvre leur travail au quotidien, un travail peu gratifiant pendant lequel ils ne voient jamais la lumière du soleil et pour lequel ils ne cessent d'essuyer les insultes de passagers récalcitrants n'hésitant jamais à se foutre de leur gueule ou à carrément les passer à tabac. Bref, la vie de contrôleur est loin d'être rose, mais c'est à celle de Bulcsú que l'on va particulièrement s'intéresser. Bulcsú, homme désabusé, ancien cadre déchu ayant élu domicile dans les sous-sols de Budapest, travail le jour et erre la nuit dans les couloirs du métro. Une véritable vie de troglodyte qui sera bientôt égayer par la rencontre d'une jeune fille déguisée en chien, mais également mise à rude épreuve par une mystérieuse présence hantant les sous-terrains et poussant sournoisement les passagers isolés sous les rames des métros - faisant ainsi croire à une vague de suicides entachant l'image des transports en commun.

KONTROLL n'est pas un film sur le métro de Budapest, comme en atteste l'introduction du film faite par le directeur de celui-ci - heureusement pour lui, sinon bonjour la pub. KONTROLL est une métaphore sur les dérives d'une société dégueulant toujours plus sur une certaine forme d'autorité, ou des autorités dégueulant toujours plus sur le consommateur, difficile à dire. Le réalisateur semble mettre en avant une sorte de critique de ces autorités et de leur façon d'utiliser leurs "petits soldats" comme des pions que l'on envoie au casse-pipe. Le message ne passe pas très bien et le film se regarde d'abord comme un thriller de série B, avec ses personnages déglingués (le contrôleur gominé qui se prend pour un justicier, le contrôleur narcoleptique, le passager proxénète et ses putes, le passager homosexuel qui pue le cliché à deux balles,...), ses poursuites à pied et ses scènes d'action divertissante. Rien de vraiment original ni vraiment passionnant, mais un divertissement correct qui se termine sur une note d'optimisme et dont on regrettera peut-être le peu d'intérêt apporter à l'intrigue du tueur encapuchonné. KONTROLL, premier long-métrage de son réalisateur, semble être très inspiré du cinéma américain et ne doit pas être très représentatif du cinéma hongrois (ce qui n'est que pure spéculation)... Kerozene

www.kontrollfilm.hu

LITTLE OTIK - aka Otesanek, Jan Svankmajer, 2000, République Tchèque

Parmi d'énormes irritants cris stridents et mignons rires de nouveau-nés, un couple apprends qu'ils sont stériles. Désespéré, le mari finira par offrir une racine, qu'il a grossièrement sculpté, à son épouse pour la consoler. Stupeur, celle-ci va entraîner dans une folie de maternité tout son entourage. La racine, n'ayez crainte, prendra vie et deviendra même mangeuse de chair inassouvie. Gentilles scènes d'horreur et surtout dès le début, sans relâche; une imagination, un humour satirique accompagné de poésie illustrant avec maîtrise les paradoxes de notre civilisation. Les interprétations sont donc multiples et rien à voir avec Pinocchio sinon le bois. Certains ont reproché la longueur du film, 2h, moi, j'ai adoré.

Ce film me permit de découvrir aussi Jan Svankmajer. Celui-ci est surnommé "le maître du surréalisme tchèque" ayant près d'une trentaine de films d'animation pour "adultes". Little Otik est son 4e film "live". Deadmonton

The LIVING CORPSE aka ZINDA LAASH - Khwaja Sarfraz, Pakistan, 1967

Voila une bien curieuse adaptation du Dracula de Stoker par le cinéma Lollywoodien. On y retrouve les grandes lignes du roman intégrées dans un Pakistan contemporain. Dracula est remplacé par le Dr. Tabani qui, suite à la découverte et à l'ingestion de la formule d'immortalité, se transforme en vampire. Du coup, il s'habille en noir, porte une cape et a les cheveux tirés en arrière en plus d'avoir deux belles canines. Si son apparence est très classique, en revanche il se déplace en voiture.

Le film possède un charme désuet qui semble provenir des années 1940. Les morsures vampiriques sont très prudes, jamais nous ne verrons les lèvres suceuses se coller sur le cou des victimes. Les acteurs en font des tonnes dans leur expression de la joie, de la tristesse ou de la peur, à tel point que ça en devient cocasse. Et surtout, nous avons droit, comme dans le cinéma indien, à des scènes musicales dans lesquelles de jeunes filles potelées chantent et dansent de manière quelque peu maladroite, mais si touchante en même temps. Le final nous offre une bagarre à mains nues entre le Pr. Tabani et l'un des héros, ce qui constitue donc sans doute à la première bagarre de la sorte de l'histoire de Dracula au cinéma, tout comme nous assistons à la première incursion de la scène du nourrisson livré par le vampire à l'une de ses succubes ! Le film fut le premier à être classé X en son pays d'origine (ce qui ne manque pas de faire sourire, mais aujourd'hui Lollywood s'offre tout de même plus de liberté que dans cet exemple de retenue). Une véritable curiosité, un film très rare et plaisant aujourd'hui disponible en DVD via Mondo Macabro. Kerozene

MANHUNT aka BACKWOODS aka ROVDYR - Patrik Syversen, 2008, Norvège    

Dans les 70's, un groupe de jeunes norvégiens traversent les vastes étendues boisées de leur beau pays dans un van volkswagen. Après une halte dans un relais routier et une petite altercation avec les bouseux locaux, nos jeunes repartent avec une nouvelle passagère complètement flippée. Et pour cause- Les bouseux du coin pratiquent le sport préféré du comte Zaroff lui-même: la chasse à l'homme. Et c'est parti pour une bonne heure de course forestière et de meurtres à l'arme blanche. Le scénario tient donc sur un post-it et il paraît évident que la seule motivation de Patrik Syversen est de rendre hommage aux bons vieux survival d'antan en misant principalement sur une ambiance oppressante et des scènes d'une perversité malsaine. Le pari s'avère malheureusement raté malgré des chasseurs énigmatiques, silencieux et définitivement sadiques (ça provoque au couteau de chasse, ça ligote au fil barbelé,...) et à des meurtres brutaux voire carrément complaisants dans le sordide, plaçant ainsi MANHUNT comme le représentant norvégien de la vague des films d'horreur "réalistes" actuels. La faute en incombe principalement à des victimes potentielles trop stupides pour générer le moindre attachement et à un rythme répétitif qui accuse le manque d'expérience du réalisateur et qui plonge inévitablement le spectateur dans une certaine lassitude. Dommage, car l'esthétique du film, sa musique et son cadre laissaient présager un hommage des plus plaisants.

Site officiel: www.rovdyrfilm.no    Kerozene

NA KOMETE aka L'ARCHE DE MONSIEUR SERVADAC - Karel Zeman, 1970,  Tchécoslovaquie, 1970, 75m, Couleurs, sépia, noir et blanc

Une comète a provoqué une brusque scission de l'écorce terrestre. Un morceau de la Terre a été projeté dans l'espace. Sur cette nouvelle planète en dérive se trouvent réunis une garnison française d'Afrique du Nord, les Arabes qui leur font face et le trafiquant d'armes intéressé par cet affrontement. Le groupe comprend également une jeune fille destinée à un émir et de nombreux commerçants, serviteurs, navigateurs ainsi que des soldats britanniques de Gibraltar. Hector Servadac, jeune soldat Français, tente de les convaincre les ennemis d'hier de s'allier contre les nouveaux périls célestes qui les guettent. Alors que ce petit monde s'organise, une horde de dinosaures surgit du désert. ! ! !

Publicitaire de formation, Karl Zeman, surnommé le Méliès Tchèque, livre avec cette adaptation de Jules Vernes méconnue ("Hector Servadac, Voyages et Aventures à travers le Monde Solaire", qui est l'un des plus fous des Voyages extraordinaires de Verne), une œuvre étonnante et détonnante. Comme beaucoup d'autres œuvres, ce roman mêle avec un grand art des faits scientifiques rigoureux provenant des meilleures sources de l'époque à des hypothèses abracadabrantes. Grâce au savoir-faire de Zeman, les décors de la comète et les paysages de l'Afrique du Nord, recomposés grâce à un époustouflant travail sur l'image, évoquent les vieilles cartes postales du début du siècle et confèrent à ce film toute sa dimension poétique et fantasmagorique. Le film est tourné en couleurs mais dès l'apparition de personnages réels, c'est le noir et blanc puis le sépia qui reprennent le relais. Par la magie d'effets spéciaux novateurs pour l'époque (incrustation de décors, scènes d'animations...), Karl Zeman nous invite à embarquer sur cette arche fantastique, véritable tour de force cinématographique, peuplée de monstres préhistoriques, d'une belle héroïne et d'aventuriers de tous bords. L'un des moments forts de ce petit bijou restera sans doute l'instant ou nos infortunés expatriés découvriront que le nouvel astre bleuté qu'ils aperçoivent dans les cieux, n'est autre que leur planète à laquelle ils ont été arrachés !

A découvrir d'urgence... à la mémoire d'un certain cinéma ! Marc Evil

NEXT DOOR aka NABOER - Pål Sletaune, 2005, Norvège/Danmark/Suède 

John est un jeune type un peu perdu. Il vient de se faire larguer par sa copine qui semble être devenue très proche d'un certain Åke et du coup, il n'a pas trop la pêche. Il rencontre alors sa voisine de palier, une fille pas trop mal roulée à l'allure un peu débraillée qui lui demande de lui donner un coup de main pour l'aider à déplacer un meuble dans son appartement. Il accepte. Le meuble en question se trouve être une armoire à placer devant la porte d'entrée. Voila une bien étrange invitation, d'autant plus étrange que la jeune fille en question a une soeur tout aussi mystérieuse mais surtout nettement plus chaudasse. Si John est d'abord méfiant, il est aussi rapidement attiré par ces filles vivant dans un appartement s'apparentant parfois à un dédale de portes et de couloirs, et entame un jeu de séduction qui l'amènera à une séance de sexe sado-masochiste extrêmement brutale avec la plus jeune des soeurs. C'est le début d'une descente dans un enfer schizophrénique pour John, une véritable chute à la recherche d'une vérité inavouable...

NEXT DOOR est le type de thriller radical qui refuse toutes concessions afin de mettre quelque peu mal à l'aise le spectateur confortablement assis dans son fauteuil. Ce sentiment est particulièrement fort lors de cette scène dans laquelle John et la fille font l'amour tout en s'envoyant de puissants coups de poing en pleine face. La violence est ici extrême et le cadre si inhabituel que l'impact est maximum et laisse sans voix, un peu à la manière de la scène du viol de Monica Belucci dans IRRÉVERSIBLE - sans pour autant atteindre un tel niveau d'intensité. Ces quelques minutes sont le point culminant d'un film bourré de qualités et qui réussi merveilleusement bien à nous entraîner dans la folie de son personnage principal. Si cette plongée lugubre s'avère fascinante, son issue s'avère en revanche prévisible. Peut-être saura-t-elle surprendre certains spectateurs mais le cinéphage aura vite fait de deviner le pot au rose. Cela n'enlève rien à l'intérêt que suscite le film, le premier film norvégien a s'être vu interdit au moins de 18 ans en... 18 années en Norvège. Kerozene

NÓI THE ALBINO - Dagur Kari, 2003, Islande/Allemagne/Angleterre/Danemark 

Noì, un jeune homme au faciès accrocheur vit avec sa grand-mère dans une petite ville islandaise. Toujours tout seul, il passe son temps à rêvasser et à se débrouiller comme il peut pour être heureux. Il rencontre Iris une jeune fille qui revient de la ville avec qui il projette de fuir cette prison glacée. Craignant que ses écarts de conduite n'influencent les autres, on le jette de l'école et lui propose de travailler au cimetière comme fossoyeur.

Cette histoire pas très jojo nous ramène au coeur d'un penchant de la réalité islandaise peu véhiculée par les médias. Ici on ne parle pas de l'Islande culturellement prolifique des Bjork ou autre Sigur Ros, mais de celle des gens abrutis par l'isolement et l'absence de possibilités d'avenir dans cet environnement magique mais hostile. Noì représente le drame de cette jeunesse qui dérange et que le seul le rêve peut garder vivant.

Ici la blancheur virginale islandaise n'est pas synonyme de paradis perdu, mais plutôt de nature impitoyable. La désillusion généralisée est illustrée par le quotidien certes esthétiquement intéressant mais stérile de ces gens qui n'attendent plus rien de la vie. Les images intérieures comme extérieurs témoignent d'un souci esthétique remarquable qui rend toute cette morosité mois déprimante. L'Islande est montrée comme une prison belle de l'extérieur mais pourrie à l'intérieur. Noì, le naïf, survivra grâce à son désir d'un ailleurs qu'il croit meilleur, mais qui n'existe pas.

Dagur Kari signe un film d'une grande beauté mélancolique qui nous ouvre à la réalité nordique d'une façon sereine et poétique qui charme malgré son pessimisme. Mongola Batteries

Les PROIES aka MOONLIGHT - Paula van der Oest avec Laurien Van den Broeck, Hunter Bussemaker, Johan Leysen, Jemma Redgrave, Andrew Howard., 2002, Pays-Bas coproduction Grande-Bretagne/Allemagne/Luxembourg, 1h31


" Claire trouve dans le jardin de ses parents un garçon de son âge grièvement blessé et ne parlant pas sa langue. Elle le soigne en cachette mais découvre rapidement qu'il s'agit d'un passeur de drogue, poursuivi par des trafiquants. Pour le sauver, Claire s'enfuit avec lui... "

Présenté comme " un film choc ! " et " un thriller dur et émouvant sur l'adolescence ", ce film m'intriguait depuis quelque temps. Peu de presse, peu de commentaires à son sujet, et une sortie DVD à bas prix chez un excellent éditeur (La Fabrique de Films), il fallait en avoir le cœur net. 91 minutes de visionnement plus tard, le verdict est plutôt positif. Si le film ne bénéficie pas d'une intrigue très fouillée, la réalisatrice a le mérite de filmer avec conviction, en ne lâchant pas ses deux jeunes personnages, tous deux blessés par la vie, au propre (le passeur a reçu une balle dans le buffet) comme au figuré (la jeune fille a été abandonnée par ses parents biologiques et adoptée par un couple de riches bourgeois peu aimants). Le petit passeur et sa jolie bienfaitrice occupent l'écran, leur cavale étant la seule ligne de force du film.

On devine un budget des plus limités, mais un travail de repérages consciencieux permet une exploitation optimale des décors forestiers. Les sous-bois humides rappellent parfois INTACTO ou THE BLAIR WITCH PROJECT. Aucune intrusion de surnaturel toutefois dans ces PROIES. On en reste d'un bout à l'autre sur les rails (c'est le cas de le dire) d'un thriller, avec ses hauts (le jeu remarquable des jeunes acteurs, dont Laurien Van Den Broeck concourerait aisément pour le titre de Nicoletta Elmi des années 2000) et ses bas, comme le bâclage de la fin du film. Un thriller doublé d'une histoire d'amour puis de sexe, entre deux très jeunes adolescents, qui ne se priveront pas de devenir " aware " du danger qui les guette à coup de sniffettes du stock de coke transporté par le garçon... Un " teen-thriller " finalement assez culotté et sympathique donc ! Stelvio

The PYTHON - Amayo Uzo Philips, 2003, Nigéria   

On ne le sait que trop peu, mais le Nigéria possède une riche production cinématographique. Quand je dis "riche", c'est dans le sens où les films produits y sont nombreux. Et non pas parce qu'ils investissent des sommes d'argent pharaoniques dans leur cinéma. Bien au contraire: les films sont tournés sur support vidéo (VHS?) et ne bénéficient bien souvent que de quelques bouts de ficelles pas toujours neuves. Avec THE PYTHON, on entre directement dans le vif du sujet: des villageois sont attaqués par un gigantesque python qui gobe tout rond quiconque se trouve sur son passage et génère une panique hystérique. Comprenez par là que quelques figurants gesticulent en vociférant comme des gorets sous amphètes lorsqu'ils s'aperçoivent que gît devant eux un sac de couchage de 30 mètres de long dans lequel s'agitent mollement quelques valeureux techniciens. Les sages du village vont alors à la rencontre du sorcier local pour savoir comment faire face à pareille menace. C'est alors qu'on apprend que ce python n'est pas un python ordinaire puisqu'il est la forme animale d'une très vilaine déesse vengeresse. La seule solution est de faire appel à un pasteur et à sa foi envers le Dieu unique! Voila qui ne plaît guère à tout le monde, mais comme ils sont bien embêtés ils décident de tout de même tenter le coup. C'est donc au bout de 80 interminables minutes de discussions incompréhensibles qu'un pasteur muni de sa Bible baragouine quelques blablas chrétiens qui ont pour effet de transformer le python en femme, puis la femme en caillou avant que ce dernier ne se jette lui-même à l'eau. Il ne manquait plus que cela pour ouvrir les yeux aux dernières âmes perdues: Dieu, c'est vraiment le plus fort, et toc!

Etant donné le niveau de production de la chose, il est évident que pareil visionnement réclame un minimum d'indulgence. Mais force est d'admettre qu'il est extrêmement pénible de traverser cette histoire terriblement bavarde, d'autant plus qu'elle s'avère idéologiquement douteuse. Prôner le christianisme au détriment des croyances locales donne un aspect très "outil de propagande" au film et cela est difficilement digeste (voire pas du tout) - déjà que sans ça c'est pas du gâteau.... Pour le reste, j'imagine que les défauts du film sont inhérents à la production locale d'une manière générale. Les acteurs jouent dans un anglais le plus souvent très approximatif (seuls quatre ou cinq acteurs sont compréhensibles), les éclairages sont naturels, le cadrage basique, le montage statique et les effets spéciaux font passer les techniques de Méliès pour des exemples de technologie avancée. Il n'empêche que le python du titre est à hurler (matez un peu la photo) malgré que son temps de présence à l'écran ne dépasse pas les trois minutes. Kerozene

 

SANGRE ETERNA aka Eternal Blood - Jorge Olguìn, 2002, Chili, 1h48

Carmilla, une jeune chilienne rebelle qui s'habille en noir et qui vient de se faire percer le sourcil, fréquente son lycée sans se casser la tête, obtenant des bonnes notes sans efforts et attirant la sympathie de ses professeurs. Dans son cours sur le christianisme, elle remarque un beau ténébreux qui se promène toujours avec ses lunettes noires sur le bout du nez et les cheveux savamment dépeignés. Il a de la gueule, le petit, il se maquille ! Elle fera le nécessaire pour attirer son attention, il lui proposera de se joindre à lui et ses amis pour leurs parties de Vampire (jeu de rôle pour goths rêveurs), elle acceptera. Je prédis l'avenir. Puis ils iront célébrer leur première partie dans... une partie ayant lieu dans une maison abandonnée. Y'a tout plein de gothiques, ça fait peur, y'en a même un qui ne sourit jamais ! Ils sont louches, tout de même, ces types...

Jorge Olguìn, qui a précédemment dirigé ÀNGEL NEGRO en 2000, est un nouveau venu sur la scène cinématographique chilienne, qui contrairement à la croyance populaire, malgré les efforts du gouvernement pour ne pas soutenir ses cinéastes par le passé, n'est pas si infertile que ça. Le Chili nous a quand même donné le grand Raùl Ruiz... avant que ce dernier ne décide de s'exiler en France, mais c'est une toute autre histoire.

Il a ici concocté un scénario imaginatif et truffé de faux semblants, qui est basé en grande partie sur le jeu de rôle Vampire et qui joue avec ses codes. Et c'est un peu ce qui agace ici; je ne sais pas pour vous, mais moi, des gothiques, ça me tape sur les nerfs. Ce qui a bien entendu grandement influencé mon appréciation du film, nuisant à mon objectivité. Dans leurs parties, ces monsieurs-dames n'écoutent que du black metal langoureux aux paroles ridicules, et tout le monde fait de son mieux pour s'ignorer mutuellement, épiant avec jalousie le nouveau costume qui coûtait si cher chez Cruella mais que la bitch qui danse là-bas a eu le guts de se payer.

Les maquillages sont corrects mais conventionnels, et Olguìn a beaucoup joué avec la vitesse de déroulement de la pellicule pour ses effets spéciaux, ce qui finit par agacer. Les interprètes sont jolis, au moins, la plupart d'entre eux ayant fait leurs premiers pas avec Jorge. Il y a bien Patricia Lopez qui a aussi fait une apparition dans MAID IN MANHATTAN, mais ce n'est guère une référence...

Le fait que le film insiste sur la réalité, qui est pour les personnages principaux interchangeable, aide beaucoup à l'originalité du film, et le récit est particulier car on change de point de vue en cours de route. Quelques longueurs surviennent toutefois vers la fin, mais SANGRE ETERNA est somme toute plutôt réussi et demeure une écoute amusante si les tissus noirs ne vous donnent pas de maux de tête. Orloff

Qu'ajouter, sinon que le budget semble très restreint pour cette histoire de jeunes gothiques qui se retrouvent ou pas mêlés à de véritables-faux vampires ? l'ensemble est fort intéressant, mais la résolution de l'intrigue est tellement " déjà vu " que ça laisse un goût amer et, comme dit Orloff, les goths, on finit par en avoir trop. Mais l'idée de base est intéressante, les acteurs sont bons et j'ai bien hâte devoir ce que ce jeune réalisateur, ce n'est que son deuxième film, saura tourner avec plus de budget et d'expérience. Ca vaut le détour, en tout cas. Mario Giguère

SHROOMS - Paddy Breathnach, 2006, Irlande, 85m

"Bienvenue au pays des SHROOMS" pourrait-on allègrement chantonner en se baladant dans ses magnifiques forêts irlandaises présentées ici...
La seule différence notable, étant qu'ici ces SHROOMS ne sont pas petits, bleus et avec un bonnet blanc, mais plutôt beige clair, mince avec un chapeau brun en forme de téton !
Cette forêt, c'est aussi celle choisie par une bande de potes pour y camper, s'amuser et bouffer quelques champignons au passage, histoires de se piquer quelques hallucinations marrantes ! Seulement lorsque la lucidité nécessaire, que toutes proies devraient avoir devant un slasher en activité, leur fera défaut, gravement entravée par ces satanés petits champignons, nos amis auront bel et bien un gros problème à résoudre...

Le plus hallucinant ici, c'est sans doute la manière avec laquelle Paddy Breathnach passe à côté de son sujet. Malgré une mise en image plus que correcte, de magnifiques extérieurs superbement bien rendus, c'est par le scénario que son film pêche le plus. On aurait été en droit de s'attendre à plus gros délires hallucinatoires que cette simple et banale histoire slasher ! A force de voir des teenagers hurler et courir dans la forêt à tour de rôle, pourchasser par des images floutées, le plus assidu des spectateurs finira lui aussi par se lasser... Ce n'est pas la "révélation" finale, supposer étonner, qui arrangera ce qui reste pour une grosse déception...

Ce champignon ne perdra donc rien à ne pas être consommé !! Marc Evil

ŠILENI aka Démence aka Les Fous aka Lunacy - Jan Svankmajer avec Pavel Liska, Jan Triska, Anna Geislerová, Pavel Nový, République tchèque, 2005, 118m

L'intro face à face avec Jan Svankmajer: "Mesdames et Messieurs, le film que vous allez voir est un film d'horreur, avec tout ce que ce genre implique de bas. Il ne s'agira donc pas d'art. D'ailleurs, l'art est déjà presque mort. Il a été supplanté par des réclames publicitaires vantant le reflet de Narcisse à la surface de l'eau. Prenez ce film comme un hommage infantile à Edgar Allan Poe, à qui j'ai emprunté certains motifs, ainsi qu'au Marquis de Sade, de qui le film tire son ton blasphématoire et quelques idées subversives. Le sujet de ce film n'est rien de moins qu'un débat idéologique sur la façon de diriger un asile d'aliénés. Il y a, en effet, deux manières de gérer ce type d'institution, toutes les deux aussi extrêmes. L'une est la liberté absolue; l'autre la méthode conservatrice, celle bien connue du contrôle et des châtiments. Mais il en existe une troisième qui combine et cumule les pires aspects des deux autres. Et c'est là l'asile dans lequel nous vivons."

Le film: Un jeune homme terrassé par le décès de sa mère dans un hôpital psychiatrique à de violentes convulsions démolissant tout pendant son sommeil. Provenant d'un autre siècle, un marquis volage (l'excellent Jan Triska) l'invite à régler ce problème.

Un avis: Quel bon rire ce marquis et quelle belle séquence cette évocation divine devenant satanique avec ce crucifix martelé de vieux clous rouillés. J'adore. Ok, peut-être que ce n'est pas un "vrai" film d'horreur mais c'est une vraie comédie noire avec du vrai bizarre et du vrai gluant provenant d'un authentique surréaliste. Svankmajer est un alchimiste de l'objet qui travaille depuis des lunes sur Poe et Sade et ce film est une réussite. Démences, allégories contre le pouvoir, mélange d'époques entrecoupées de textures animées de cervelles, de langues et de viandes, ce film est dédié à son épouse et collègue morte lors de la post-production (65 ans). Serviteur style bossu, un docteur fou, une belle fille, traitements chirurgicaux mystérieux... Pour la liberté, pour la création, pour Svankmajer. Deadmonton

SINGAPORE SLING aka Singapore sling: O anthropos pou agapise ena ptoma - Nikos Nikolaidis avec Panos Thanassoulis, Meredyth Herold, 1990, Grèce, 111m

Un détective désespérément à la recherche d'un amour perdu tombe sous l'emprise d'un duo mère-fille qui va lui faire subir atrocités et  tortures autant physique que mentale.

Sans trop en dévoiler la teneur, disons que certaines scènes sont a la limite du supportable.Tourné sur une pellicule noir et blanc du plus bel effet, ce film méconnu mérite sérieusement notre attention. Il fait parti de ces films culte (un mot employé a toutes les sauces et souvent pour des films qui ne le sont pas) qu'il faut l'avoir vu au moins une fois, histoire de faire connaissance avec ce duo infernal. Les deux comédiennes (surtout la mère) ne manquent pas d'imagination pour nous faire partager leurs fantasmes qui ne sont heureusement pas ceux de toutes les femmes. Leur hospitalité se transforme vite en jeux sexuel et la villa est bientôt le théâtre de plaisirs bien particuliers, a la limite du SALO de Pasolini et des DIABOLIQUES de Clouzot la dégradation physique de Singapore Sling (le surnom du protagoniste) n'a d'égal que la folie meurtrière de nos deux hôtes.

Synapse Films nous offre ce film singulier dans une copie nickel, rendant hommage à la superbe photo noir et blanc et a la direction artistique de tout premier ordre. Décidément à mettre entre toutes les mains, mais assurément pas pour les personnes sensibles. Pierre Beaulieu

SLASH - Neal Sundstrom, 2002, Afrique du Sud

Un groupe de rock moisi mené par un chanteur au physique de gravure de mode issue d'un catalogue Dolce Gabanna va passer quelques jours dans un trou du cul campagnard car notre petit chansonnier doit assister à l'enterrement de sa vieille tante Edith. Malheureusement pour lui, son passé le rattrape, à savoir un grand-père psychopathe qui pompait le sang de ses victimes afin d'arroser ses champs de maïs de manière protéinée. C'est sous la forme d'un épouvantail que le tueur de service jouera de la faux sur les teenagers citadins décérébrés....

A entendre la musique jouée par ce groupe de rockeurs du dimanche, on ne pouvait que se réjouir de les voir se faire zigouiller les uns après les autres. Malheureusement, le tueur de SLASH est aussi mauvais à l'arme blanche que les jeunes zikos le sont à leurs instruments. Au total: 4 meurtres et demi contre un minimum de six chansons à la con (la liste est disponible sur imdb et permet de connaître les noms des groupes dont il ne faut pas acheter de disques). Seul point " positif " car définitivement stupide dans le cadre du film: Billy Bob, le bouseux amateur de musique qui finit le film en remplaçant le clavier du groupe, seul individu du groupe à répondre absent pour cause de décès. Et seul personnage noir du métrage. De là à dire que ce film reflète malgré lui le lourd passé raciste de son pays producteur, il n'y a qu'un pas que j'ose franchir d'un gros godillot boueux. Dommage en revanche que cette bonne vieille trogne de Steve Railsback se compromette dans pareil navet car il mérite beaucoup mieux. Kerozene

The SNAKE GIRL - Chin Wan avec Dy Saveth, Kon Samceun, circa 1970, Cambodge

Après s'être amouraché, une épouse et son amant décident de faire mourir le mari gênant avec l'aide du sorcier du village. Et Hop ! L'amant devient mari et court la galipote avec la belle-soeur au déplaisir de sa femme qui s'empresse de la bannir pour avoir séduite son innocent d'amoureux. La pauvre se retrouve dans une grotte pleine de serpents, se fait engrosser par un serpent immortel et meurt en donnant naissance à une jeune fille. Quelques vingt ans plus tard, la belle enfant, la tête pleine de serpents, tombera amoureuse du fils des tyrans de sa mère.

Mélodrame pantalonnesque au parfum de mondo, Snake Girl est un rare film du Cambodge. Les acteurs cabotinent à outrance sur un scénario surréaliste, accompagné de musique cambodgienne, parsemée de Morricone et de Pink Floyd !! Tout cela est inénarrable, voir absurde et serait bien innocent s'il n'y avait pas un lapin et quelques serpents de tranchés dans un cérémonial au goût douteux. Une curiosité délirante. Mario Giguère

SPETTERS - Paul Verhoeven, 1980, Hollande 

C'est l'histoire de trois jeunes gars un peu paumés dont deux font des courses de motocross et l'autre est mécano. Un des coureurs moto est la star junior du pays et leurs idoles à tous, c'est Rutger Hauer sur le point de devenir champion du monde. Lors d'une course, ils rencontrent une vendeuse de frites qui est une allumeuse et qui cherche à se caser avec un mec. Le jeune champion est le premier sur sa liste. Mais suite a un accident, il se retrouve en chaise roulante. Le deuxième, c'est le mécano qui se fait taper dessus par son vieux pro-chrétien et qui casse du pédé pour leur faucher leur fric. Mais lui subira un gang bang par quatre tarlouze dont le frangin de la vendeuse de frites. Le gars découvre alors qu'il est homo. Donc, la fille s'intéresse au dernier...

Verhoeven n'était pas un rigolo. Froid, caustique, glauque, ce film fait passer le passage à l'age adulte pour une étape pénible et douloureuse. Les images sont cru, Verhoeven n'hésite jamais à filmer les bites de ses protagonistes qui se mesure la taille de leur sexe, on y voit aussi un pédé sucer une queue... Le constat du film n'est pas extrêmement pessimiste, chacun y trouve sa voie - de façon plus ou moins dramatique (trouver sa sexualité, le suicide,...) - mais si ce n'est pas pessimiste, ce n'est pas non plus optimiste. C'est plutôt du fatalisme. C'est ce qu'il me semble...  Kerozene

STAR WRECK: IN THE PIRKINNING - Timo Vuorensola, 2005, Finlande 

Le Capitaine Pirk, coincé dans le passé sur la planète Terre sort de l'ombre, fait construire les vaisseaux dont il a besoin en Russie et devient empereur de la Terre ! Malheureusement il doit faire face aux problèmes quotidiens comme la famine, la pauvreté ou la surpopulation. Lorsqu'un vaisseau inconnu est abattu, on découvre une faille spatiale qui mène vers des mondes habitables. L'armada est en route vers l'univers parallèle de Babylon 13. Mais l'offre de paix et l'offrande de la virginité de la seconde du commandant de la station ne sont-ils pas un piège ? Tant pis, Pirk ne peut résister...

Cinq étudiants Finlandais, 300 extras et sept ans et hop, un long métrage en forme de parodie du choc des univers de Star Trek et de Babylon 5 ! Et le meilleur de l'affaire, c'est la qualité de l'ensemble, on rit et on est aussi impressionné par les effets spéciaux, de quoi rendre jaloux les séries B et A de ce monde ! Encore mieux, le film est offert gratuitement sur internet, alors ne vous privez pas d'une bonne rigolade et d'un bon film tout court: fi3.starwreck.com  Mario Giguère

TAXIDERMIA - György Palfi, 2006, Hongrie/Autriche/France 

Genre : éprouvant

Au premier abord, TAXIDERMIE a tout de ces grandes fresques familiales "classiques" que le cinoche nous a donné maintes fois l'occasion de suivre... La petite différence c'est qu'ici, l'histoire de la famille Hongroise Balatony, que l'on suit sur 3 générations... sort quelque peu des chemins balisés pour s'enfoncer dans le tortueux et le glauque avec une complaisance malsaine... 

Durant la Seconde Guerre mondiale, Vedel, un soldat simplet et obsédé par le cul, sert d'ordonnance à un lieutenant dont il finira par engrosser l'immonde épouse, lors d'une scène d'anthologie ! Laquelle accouchera d'un fils Kalman, pourvu à la naissance d'une queue de cochon tire-bouchonnée (référence à la précédente scène d'anthologie !!)... Ce dernier deviendra champion d'un sport bien particulier, consistant à ingérer des quantités gargantuesques de nourriture à s'en faire éclater la panse ! Malgré sa corpulence, il assurera sa descendance avec un fils, Lajos, garçon fluet, qui, de nos jours, tentera lui de se démarquer de la tradition familiale en exerçant une autre forme d'art : La taxidermie...

Cette odyssée parsemée d'images grotesques, fourmille de plans aussi inventifs que superbement photographiés. Dérangeant, gore voire pornographique (György abuse volontairement des gros plans) TAXIDERMIE nous proposera une série de séquences rentre-dedans à couper le souffle... souvent dictés, à n'en pas douter, par le simple goût de la provocation !

Gageons cependant que cette ronde baroque de Freaks en rebutera plus d'un !... Dans tous les cas, un réalisateur de plus à suivre sur mon calpin ! Marc Evil

VIVE L'AMOUR! aka Aiqing wansui - Tsai Ming-Liang, 1994, Taiwan

Vive l'amour! 

Un jeune homosexuel seul au monde élit domicile dans un appartement à vendre. Ignorant sa présence, l'agent d'immeubles en charge de la vente y amène un homme qu'elle vient de rencontrer pour y faire bruyamment l'amour pendant que l'autre se morfond dans le silence de sa solitude. Je n'en dirai pas plus sur l'histoire car vous vous doutez sûrement que malgré son titre exalté, ce film n'est pas exactement un hymne à l'amour. Sans tomber dans le cynisme et la désillusion, Tsai Ming-Liang filme avec lucidité et brio le quotidien tranquille de l'être en manque d'amour. Il nous convie à l'observation tranquille de leur intimité où les bruits de leur environnement matériel sont les principaux dialogues.

Tsai Ming Liang filme ses personnages avec une attention particulière qui les rend beaux et attachants, même si on en saura très peu sur eux. Pour cerner la beauté désolante de leur quotidien solitaire, il s'attarde principalement à leurs rituels dans la salle de bains. L'eau étant une des obsessions de ce réalisateur, elle occupe ici un rôle de réconfort et de purification qui fait du film une expérience très agréable presque thérapeutique! A vous d'essayer! Mongola Batteries

ZOMBIES FROM BANANA VILLAGE - Mamat Khalid, 2007, Malaisie 

Dans le petit village traditionnel Malais appelé Banana Village, vit une communauté locale tout ce qu'il y a de plus commune. C'est à dire peuplée de jeunes rockers buveurs de bière, d'un religieux islamique prêchant à tout va, d'un homosexuel genre pédale dure à la gestuelle très olé olé, d'un idiot du village, d'un ado accro aux jeux vidéos et de quidams communs. Et alors que chacun mène son petit train-train quotidien, certaines gens meurent et ressuscitent sous la forme de zombies ahuris au faciès peinturlurés au tip-ex. La grande majorité des villageois se réfugie alors au poste de police mais après une analyse rapide des activités de chacun au cours de ces derniers jours, il s'avère que les victimes de la zombification ont toutes été boire un coup à la buvette du coin. Et bien évidemment, certains des réfugiés en font partie. Leur transformation est donc imminente.

Du zombie Malais ? Mais avec plaisir ma p'tite dame ! Ce ne peut pas faire de mal après tout. Et pourtant... Si l'exotisme est bien au rendez-vous, il faut bien admettre que la finesse n'y est pas. Oui, alors effectivement, avec un titre pareil mieux vaut ne pas s'attendre à une version d'outre-tombe du DOCTEUR JIVAGO, mais quand même, j'avais naïvement espéré quelque chose d'un peu plus original et différent, quelque chose qui se serait approché des pelloches indonésiennes des 80's, avec des idées de mise en scène de fous, une hystérie générale et du gore généreux. Malheureusement, rien de tout ça. Le film commence sur le même plan d'ouverture que THE NAKED GUN : la caméra est fixée sur le toit d'une voiture de police lancée à toute allure, juste derrière le gyrophare, et une musique rock'n roll balance une bonne grosse gerbe de décibels. Le ton est donc rapidement donné, de la gaudriole graisseuse en perspective et on en vient donc à espérer voir des morts-vivants faire du smurf sur des peaux de bananes. De l'humour loukoum en somme, du genre à nous faire claquer les mains sur les cuisses en s'égosillant comme des gros lourds. Mais en fait pas du tout car il n'y a finalement aucune banane dans le film et hormis quelques mimiques crétines et des regards débiles, les zombies ne font rire personne. Ni le reste des gags tous moisis et pathétiques qui feraient passer MAIS OU EST DONC PASSEE LA 7e COMPAGNIE pour le fin du fin de l'humour cinématographique. Il reste peut-être cet effet très spécial censé représenter un impact de balle et qui est en réalité une vulgaire tache rouge ajoutée de manière volontairement grossière par ordinateur. Peut-être que la Malaisie interdit les effusions de sang (ça a beau être un film de zombies, il n'y a ici pas une goutte d'hémoglobine) ou peut-être s'agit-il uniquement d'une démarche visant à ménager les enfants, mais toujours est-il que la laideur du résultat a de quoi surprendre. On finit donc le visionnement avec un sentiment d'indigestion (de bananes ?) alourdi par quelques messages religieux et une morale à deux roupies. Au-secours ! Kerozene

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