Le cinéma, comme les autres arts, a généré plusieurs documentaires, y comprit toute une série de "mondo" au sérieux discutable. Une suggestion de Kerozene

mise à jour le 30 septembre 2014

1 | 2


Jacques Godbout

L'AFFAIRE NORMAN WILLIAM - Jacques Godbout, 1991, Canada, 1h30 

Piel Pedjo Maltais ou Norman William, seul et même homme, escroc ou bienfaiteur ? Voici un résumé succinct et troublant de l'histoire de la vie de ce québécois débrouillard à la vive intelligence qui se prend pour un indien dès son plus jeune âge, après un séjour dans une réserve Micmac de Gaspésie. Il semble mythomane et pourtant on retrouve plusieurs preuves matérielles de ses fabulations, ce qui nous fait dire qu'il faut prendre ses propos avec plus qu'un grain de sel. Chef des "Peuples Unis" qui succède soi-disant à Martin Luther King, gourou d'une secte de hippies indiens qu'il traîne avec lui partout en Europe, tantôt riche à craquer et tantôt réduit à mendier pour manger, l'homme est une énigme totale et absolue, que Jacques Godbout cherche à démêler.

Ce documentaire bavard qui ne laisse guère souffler le spectateur est fascinant. Godbout filme sans condamner, et les différents points de vue des divers intervenants (autant un journaliste belge qui a consacré un ouvrage à l'énigme Maltais que l'avocat de ce dernier, qui a aussi l'air escroc sur les bords) sont mis en opposition sans effets choc, tout simplement ahurissants.

De Bernard Landry, avec qui Maltais a fait le légendaire "cours classique", à Godbout lui-même, qui a été traquer son sujet jusqu'en France et qui lui fait passer de multiples entrevues, où le bonhomme se révèle posséder un sens de la répartie inégalé, c'est à tout un voyage dans l'imaginaire délirant d'un magicien du mensonge qu'on a droit. Comment faire la part des choses alors que la paranoïa visiblement infondée de Maltais, qui craint qu'on n'en veuille à sa vie, se révèle un bon matin fondée, alors que deux conducteurs anonymes le fauchent en voiture sur sa ferme belge et essaient de lui crever les yeux ?

Maltais est encore vivant et se cache quelque part, recherché par les polices de plusieurs pays de l'union européenne, et poursuivi par ces assaillants sans visage qui le voudraient mort. Le film se termine avec un témoignage troublant de ses trois enfants, aussi vêtus de costumes micmac, qui le louangent en coeur. Une bien étrange expérience que ce visionnement. Orloff

ALL THE LOVE YOU CANNES! - Gabriel Friedman, Lloyd Kaufman & Sean McGrath, 2002, États Unis

Aaah, Cannes ! Quel merveilleux rêve éveillé que de pouvoir se rendre au festival de Cannes, d'arpenter tout sourire sa somptueuse Croisette, de voir stars et starlettes s'exposer avec grâce et élégance sous les flashs crépitants de milliers de photographes en provenance du monde entier. Quel bonheur de pouvoir profiter d'une profusion déraisonnable de projections de films en tout genre, de pouvoir côtoyer professionnels et passionnés. Mais Cannes, ce n'est pas seulement le glamour et les paillettes, la Palme et la compétition officielle. Cannes, c'est aussi le plus gros marché du film mondial, un monde rempli de petits poissons et de gros requins. Ici, les petits poissons sont représentés par Troma, la mythique firme new-yorkaise qui se rend chaque année au festival de Cannes dans le but d'y vendre les perles de son catalogue aux distributeurs internationaux. Mais comment un studio aussi petit et fauché que Troma peut-il se faire remarquer entre les mastodontes que sont Warner ou Miramax ? Ces derniers, visibles absolument partout, tapissent la ville de panneaux publicitaires géants, d'affiches monstrueuses, de publicité tapageuse. Impossible pour les New-yorkais de s'offrir pareil luxe, même s'ils occupent une chambre du Carlton en face des chambres Warner Bros, il s'agit donc de se faire voir par d'autres moyens. C'est ainsi que de nombreux bénévoles aussi courageux qu'inconscients viennent prendre part à l'équipe promotionnelle de la Troma Team en se déguisant en Toxic Avenger ou Sgt. Kabukiman et défilant sous un soleil de plomb en compagnie de tromettes diablement bien gaulées.

ALL THE LOVE YOU CANNES met en avant les difficultés que rencontre l'équipe de Lloyd Kaufman durant la quinzaine. Filmé en 2000 et 2001, ce documentaire montre de manière honnête le président de la boîte gérer son équipe avec une certaine inquiétude. En effet, si la vente bosse de manière très sérieuse et professionnelle, l'équipe promotionnelle, elle, aligne les bourdes et les problèmes: hall du Carlton pris d'assaut par des psychopathes hurleurs ensanglantés, entrée de l'hôtel arrosée de faux sang, interpellation avec les flics et surtout une tension interne entre le trublion Doug Sakman et Scott McKinlay qui fini mal.

Lloyd Kaufman n'oublie pas le côté people et montre sa rencontre avec Tarantino, sa présence lors d'une émission radio en direct avec Claude Chabrol sous la présidence d'Edouard Baer, un Jean-Claude Van Damme hué par toute l'équipe de Troma... et si tout ça s'avère plutôt intéressant et rigolard, on se rend bien compte que Cannes n'est pas une partie de plaisir pour le boss. Pour le spectateur, mieux vaut être familier avec l'univers de la firme radioactive sous peine de ne pas comprendre le sens des délires graveleux de cette équipe entourée de bombes lesbiennes qui se donnent en spectacle devant des badauds médusés. Pour ma part, le visionnement du film fut d'autant plus appréciable que j'y apparais à plusieurs reprises, sous le costume du Killer Condom, pour avoir été membre de cette équipe de fous en mai 2000. Forcément, ça compte... Kerozene

L'AMERIQUE INTERDITE aka THIS IS AMERICA PART 2 - Romano Vanderbes, 1979(?), États Unis 

Ce mondo rigolo s'attarde sur différents aspects déviants et pour la plupart comiques de ce merveilleux pays que sont les États Unis. Vanderbes ne suit aucun fil conducteur ni aucune logique, il aligne les séquences insolites à la suite comme s'il s'agissait d'un catalogue touristique pour amateur d'anomalies culturelles. Et on commence en douceur avec un mini reportage sur Jello Biafra (le chanteur des Dead Kennedys pour ceux qui l'ignoreraient) et sa campagne électorale pour la mairie de San Francisco. Personnellement, j'adore les DK mais j'ignorais totalement cet épisode de la vie du groupe qui jouait alors leur fameux "California über alles" pour la campagne électorale ! Pour la suite, et dans le désordre, L'AMÉRIQUE INTERDITE nous propose un menu aussi hétéroclite que cocasse: des bonnes sœurs font du karaté suite au viol de l'une des leurs - habillées en collerette, on les voit péter des briques d'un revers de la main; un centre de production de volailles à destination des fast food dans lequel les piafs se nourrissent de leurs propres excréments; des combats de boxe féminins avec des filles qui se castagnent les seins à l'air; des strip clubs réservés aux femmes et dans lesquels des moustachus se dézappent en souriant; la présentation du magnifique Capitaine Sticky - un riche et obèse quidam barbu qui se prend pour un super héros en costume à paillette et qui entarte les business men véreux qu'il poursuit au volant de sa Stickymobile (!?) pleine de gadgets hilarants; moins drôle, on voit des laissés pour compte vivant dans les réseaux souterrains new yorkais cohabiter avec des "super rats" (à savoir des rats affamés et bouffant tout - vieillards et gamins compris); un chasseur de prime qui pète des portes à mains nues sous couvert de la justice; un bordel canin dans lequel les maîtres offrent une chienne à leurs compagnons à pattes moyennant finance - tapisserie en bordeaux feutré à l'appui !; une boîte disco avec des danseuses baignant dans de la gélatine ; des gosses accompagnant leurs parents chez l'armurier et tâter des grosses pétoires ; un atelier de couture de panoplies SM ; une cérémonie religieuse pendant laquelle les fidèles s'enfilent des lignes de coke avec la bénédiction du Seigneur; une boîte échangiste dans laquelle ça partouze à mort et, enfin, un condamné à mort passer à la chaise électrique.

L'AMERIQUE INTERDITE est typiquement l'un de ces films opportunistes qui est au documentaire ce que " Les Nouvelles du Monde " est au journalisme, mais il faut tout de même avouer que l'on se marre souvent devant tant d'anecdotes étonnantes. Rares sont les sujets choquants, d'autant plus que l'on est en droit de douter de leur véracité, et c'est tant mieux. Le film est en réalité la suite de THIS IS AMERICA, mondo forcément similaire déjà réalisé Vanderbes mais inexploité en France à ma connaissance. L'année de production de cette séquelle reste quelque peu mystérieuse. Si l'imdb et la plupart des sites répertoriant ce film prétendent qu'il date de 1977 ou 1978, on est effectivement en droit d'en douter puisque Jello Biafra se présenta pour la mairie de San Francisco en 1979 à en croire son site web. Ce dernier permet d'ailleurs de corriger un autre point : alors que le film prétend que Jello arriva troisième aux élections lui-même précise qu'il n'est arrivé " que " quatrième. Toujours est-il que THIS IS AMERICA PART 2 doit dès lors dater de 1979. Vanderbes reviendra en 1990 avec AMERICA EXPOSED, sorti en France sous le titre de L'AMERIQUE INTERDITE 2. Kerozene

The BACKYARD - Paul Hough, 2002, États Unis, 1h20 

"Qui sait, nos enfants pourraient en ce moment être on ne sait où en train de fumer de la drogue, mais heureusement, ils ont plutôt choisi de se frapper dessus avec des poubelles !"

Voici une des remarques aberrantes parmi tant d'autres dont foisonne THE BACKYARD, un documentaire choc, à la fois fascinant et effrayant, reflet d'une "certaine" Amérique et d'une société plus que gangrenée.

Paul Hough a passé environ un an à assister à des matches de lutte extrême et à suivre de loin le cheminement ahurissant de quelques-uns de ces "lutteurs du dimanche" qui pullulent par milliers dans la cour arrière du white trash moyen. Barbelés, taques, chaises de métal, trappes à souris, cactus, néons, tables, fenêtres, chaises, tout est prétexte à se taper sur la gueule et se faire saigner. Les règles changent de ligue en ligue, mais la mentalité effarante demeure la même d'état en état.

THE BACKYARD est un portrait honnête et presque objectif d'un phénomène préoccupant. Sans vouloir se la jouer moralisatrice, Hough filme et laisse froidement les lutteurs s'expliquer eux-mêmes, ce qu'ils font avec une lucidité parfois déconcertante et révélatrice. On a droit à un témoignage fort touchant par la mère de Scar, un type un peu spécial qui a passé la majeure partie de son enfance à l'hôpital et qui lutte pour être accepté de ses pairs. On a droit à l'homophobie et au racisme nonchalant de quelques bouseux d'Arizona, les plus violents du film, et aussi les plus simiesques, qui n'acceptent pas la critique et pétrifient le spectateur par la violence de leurs matches.

Il est impossible de calculer le temps et la dévotion que le réalisateur a dû injecter dans ce projet. Quand un de ses sujets, le Lézard, se rend aux éliminatoires de la sélection annuelle de la WWF, il l'accompagne à l'audition, et se réveille en même temps que lui à 3h du matin !

Le film se termine sur une note à la fois amère et joyeuse, avec les destins des différents protagonistes mis en opposition, soutenant la loi des probabilités, refusant de juger ces quelques fanatiques pourtant fort troublés et troublants... Un visionnement recommandé ! Orloff

BEST WORST MOVIE - Michael Stephenson avec George Hardy, Michael Stephenson , 2009, Darren Ewing, États Unis, 93m

Le jeune acteur du film TROLLS 2 est devenu un adulte qui est toujours surprit par la popularité discutable de ce nanar réalisé par Claudio Fragasso aux États-Unis. Il décide donc de faire un documentaire sur le phénomène et mettra en scène principalement le père de la famille maudite, George Hardy. un authentique dentiste qui ne se fait pas d’illusions sur ses talents d’acteur et qui prend l’affaire avec un gros grain de sel. Entre des séances de minuit qui affichent complet, on retrace les acteurs pour leur parler de leurs souvenirs du film et savoir ce qu’ils sont devenus. On a la bonne idée d’aller en Italie rencontrer le réalisateur et sa compagne scénariste, ce qui nous donne des affirmations pompeuses et extravagantes à tout le moins. Ca se gâte quand on ramène Fragasso aux États-Unis pour assister à ces séances de projection forte populaire. Claudio se rend comte, évidemment, que les spectateurs rient quand c’est le temps de rire, mais aussi quand c’est supposé être dramatique. Il va carrément se fâcher lors d’une réunion des acteurs quand on affirme que le tournage était mal préparé et que chaque acteur ne recevait que ses lignes et non le scénario complet. Faux, crie-t-il à l’assemblée, disant au cameraman que les acteurs sont tous pareils ajoutant un quolibet peu gratifiant au passage. Les dernières journées de ce périple sont tout aussi tristounettes lorsqu’on va dans une convention anglaise ou personne ne connait le film, ou ce congrès d’horreur américain ou on les ignore et ou notre dentiste se plaint des gingivites qu’il voit chez les participants. On nous laisse avec la scénariste qui nous menace d’une suite !

Quelles étaient les intentions du documentariste, surtout lorsqu’il ramène Claudio Fragasso aux États-Unis ? Car il ne semble pas avoir préparé l'italien à la réception qui l'attendait, celle d’un réalisateur considéré comme de la trempe d’Ed Wood par ces fêtards américains. On le sent insulté, à juste raison, on se demande s’il n'a pas été invité à un vaste dîner de con. Il y a aussi l’actrice qui jouait la mère, recluse, qui vit avec sa vielle mémé, dont on semble presque rire d'elle et de son sort peu enviable. Si on ne veut que rigoler, on rira bien, mais si on a un brin d’empathie, on passera de la rigolade à un certain malaise. Tout ceci étant dit, le film TROLLS 2, que je n’ai toujours pas eu le bonheur de voir, a l’air d’un sacré nanar et ce documentaire vaut le détour, oui ! Mario Giguère

La BÊTE DU LAC - Nicolas Renaud, 2007, Québec, 64m 

Nicolas réalise un documentaire sur le monstre du lac Pohénégamouk tout en subtilité. Avec essentiellement plusieurs témoignages, quelques recherches sur l'historique des apparitions et une vidéo surprenante qu'il met en contexte rapidement. Le réalisateur affirment avoir voulu faire un film sur la perception des faits et il est évident que si, après les entrevues nombreuses de gens qui ont vu quelque chose, il ne nie pas qu'il y aie quelque chose, un phénomène tangible dans le lac, il n'essaie en aucun moment de nous faire véritablement croire à la thèse du monstre marin. Parmi les entrevues les plus extravagante, un homme âgé qui affirme avoir empoigné l'esturgeon géant pour traverser le lac ou cette femme qui parle d'écailles visible et de tête pointue. La plupart des autre personnes contactée sont certains d'avoir vu la bête, mais très rapidement et ne peuvent décrire en détail la physionomie de la bête. L'entretien avec un autochtone qui parle des récits de ses ancêtre est aussi fascinante.

Un documentaire raffiné sur un sujet qui aurait pu facilement être sensationnalisme en d'autres mains.  Mario Giguère

www.geocities.com/monstreponik

BOUND FOR PLEASURE - David Blyth, 2002, Nouvelle Zélande, 72m

Le second doc, BOUND FOR PLEASURE de 2002, nous propose quelques rencontres avec des dominatrices professionnelles de Nouvelle-Zélande. Rien de neuf ici, mais on apprécie la sincérité des témoignages de ces femmes d'affaires, toutes dans la cinquantaine et plus, qui nous dressent le portrait classique du client moyen : le fameux chef de compagnie qui se fait tordre le zizi de temps en temps pour oublier la pression du quotidien. Une des invitées (que j'estime avoir au moins 70 ans) pratique maintenant avec son propre fils, lequel affiche la plus impressionnante " coupe Longueuil " que j'ai vue depuis longtemps. Avec une pointe d'humour, on constate par la suite que la scène BDSM locale est pratiquement identique à la nôtre.

Évidemment que j'ai vu le fameux Daniel, mascotte du festival depuis 12 ans, avec son short vert et ses sandales de péquiste brunes. Il a grisonné, le coquin, mais garde toujours la même fougue et verve qui le caractérise. Je crois encore que sa plus haute distinction a été de performer avec un déguisement du Toxic Avenger (moppe incluse) il y a je ne sais plus combien d'années.

On nous a invités aussi au party FetichAsia sur la rue Bishop par la suite, mais fudge je n'avais pas mon costume approprié avec moi! Blundering Man

BRINGING GODZILLA DOWN TO SIZE: The Art of Japanese Special Effects - Norman England avec Alex Cox, Yasuyuki Inoue, Tsutomu Kitagawa, Hiroshi Koizumi, Haruo Nakajima, Teruyoshi Nakano, 2008, Japon/États Unis, 69m

Magnifique documentaire consacré aux artisans qui ont créé et fait vivre le genre trop méconnu et sous-apprécié du kaiju, le film et les séries télévisées mettant en vedette des monstres géants. Des origines de Godzilla, aux perspectives parfois sombres pour le film en " suitmation " ou acteur dans un costume qui se trimballe dans des maquettes, le documentaire est exhaustif et respectueux des pionniers. Rencontres nombreuses avec les créateurs, on retiendra le directeur artistique chez la Toho, qui pousse l'enthousiasme jusqu'à recréer un effet de volcan avec ses camardes, à l'ancienne. Le montage est très rapide, l'information foisonne et nombre de réalisateurs donnent leur opinion sur l'histoire du genre et leur amour des techniques traditionnelles. Un travail énorme de recherche, de multiples entrevues, un montage efficace et un amour du kaiju qui transpire chaque minute, on ne peut demander mieux, sinon voir l'équipe récidiver. Mario Giguère

CAR ILS SONT SANS PITIE - Hans-Jürgen Panitz & Peter Dollin, 2006, Allemagne

Ce documentaire se penche sur la phénoménale explosion du western en Italie au début des années 1960, son apogée et son déclin, de la chute du péplum à l'influence des classiques du genre sur le cinéma d'aujourd'hui ; le tout illustré d'une quantité généreuse d'extraits de films et d'interviews. Le western italien apparu suite au déclin du péplum mais aussi parce que l'Allemagne avait produit la série des WINETOU qui cartonnait au box office local. Après quelques films plus ou moins rentables, le phénomène Sergio Leone / Ennio Moriconne / Clint Eastwood / L'Homme sans nom apparaît et change radicalement la donne. Le western n'est désormais plus une exclusivité américaine et surtout les Italiens révolutionnent le genre en misant sur des personnages ambigus, une violence excessive pour l'époque et une mise en scène au dynamisme fort différent des plans contemplatifs limites écolo d'un John Ford. Le documentaire passe en revue quelques titres phares, les Leone bien sûr, mais aussi LE GRAND SILENCE, LE DERNIER FACE A FACE, QUIEN SABE, KEOMA, DJANGO, les Terence Hill et Bud Spencer. On y trouve quelques belles trognes familières grâce à des interviews récentes de Franco Nero, Tomas Milian, Bud Spencer, Robert Hossein ou Sergio Sollima et des moins récentes de Sergio Leone, Jean-Louis Trintignant, Sergio Corbucci (très drôle et plein d'ironie sur le tournage du GRAND SILENCE), et quelques autres. C'est un documentaire agréable à regarder qui apprendra quelque chose aux néophytes, mais qui laisse sur leur faim les familiers du genre. Quelques interviews, les images actuelles d'Almeria et la démonstration d'un cascadeur dévoilant la différence entre un mort par balle dans un western américain et celle d'un mort par balle dans un western italien seront les points les plus marquants. Les défauts du documentaire en deviennent plus flagrants par la même occasion. Certains extraits de films s'avèrent totalement hors sujet par rapport aux propos du narrateur et on relève également une grossière erreur lorsque l'on nous dit que le réalisateur de films d'action Enzo Castellari s'attaque au western avec KEOMA - rappelons qu'Enzo commença sa carrière de réalisateur avec le western et qu'il en a fait une demi-douzaine avant KEOMA. CAR ILS SONT SANS PITIE, dont les réalisateurs ont auparavant signé KINO KOLOSSAL (2000) - un docu sur les péplums italiens, est une bonne introduction à l'Histoire du western dit "spaghetti", mais malheureusement celle-ci manque de rigueur et d'originalité. Kerozene

CINEMANIA - Angela Christlieb et Stephen Kijak, 2002, Allemagne/États Unis 

Les documentaristes Angela Christlieb et Stephen Kijak se penchent sur le cas d'une poignée de cinévores hardcore new-yorkais et livrent ici un portrait tantôt touchant, tantôt navrant, de ces spectateurs obsessionnels. Chacun va au entre deux et cinq fois par jour au cinéma, et ce tous les jours de la semaine. Leurs problèmes semblent ne se limiter qu'à la planification des séances et à la qualité des projections. Car si la pellicule utilisée est un peu endommagée, l'un ne pourra rester dans la salle. Si un autre est dérangé par un spectateur bouffant un sandwich dans la salle, il est disposé à lui foutre son poing sur la gueule. Si l'un d'eux ne peut obtenir sa place fétiche dans le cinéma, la séance lui sera gâchée... Mais en réalité leurs problèmes est tout autre. Si leur dévotion au Dieu Cinéma est impressionnante, voire totalement absurde (un des personnages s'est visionné 1000 films en 8 mois, un autre connaît la durée des films par coeur), il est en revanche malheureux de constater à quel point ils n'ont absolument aucune vie sociale. En général conscient de leur condition proche de la pathologie, ils mentionnent de temps à autres leur vie sexuelle désastreuse, leur condition sociale périlleuse, ils n'ont pas de boulot, investissent tout ce qu'ils ont pour voir des films au risque de se faire expulser, mangent mal de manière à devoir aller aux toilettes le moins souvent possible...

On oscille donc entre l'admiration (toute relative) et la pitié. Au fond, ces personnages ont l'air plus malheureux qu'autre chose, et si on envie, l'espace de quelques instants, le temps qu'ils ont à disposition pour se délecter devant des écrans de cinéma, on est évidemment content de ne pas leur ressembler. Ces gens sont adorables et touchants, mais définitivement malheureux, et cela se voit sur leur visage. Le documentaire nous laisse faire notre choix, il évite de se moquer d'eux et les montrent tels qu'ils sont, et ce qu'ils sont est quelque chose d'aussi curieux qu'intéressant mais est surtout effrayant. Car si les choses s'étaient passées différemment dans ma vie, peut-être serais-je devenu aussi zinzin qu'eux. Kerozene

CRUMB - Terry Zwigoff, 1994, États Unis 

Crumb est un documentaire sur le dessinateur bien connu pour avoir lancé les bandes dessinées dites " underground " dans les années 70. Zwigoff le suit durant les semaines précédant son départ pour la France, visitant sa famille, ses anciennes copines, ses enfants et des dessinateurs qui ont marqué l'époque comme Trina Robbins. Si Crumb est passé au crible par les féministes, il est surprenant de le voir si paisible au vu de sa famille, ses frères étant dépressifs et coupés de la société, sans parler de sa mère. Robert Crumb rit tout le temps, même en racontant sa jeunesse aux prises avec un père assez tyrannique et nous raconte ses fantasmes sexuels et ses délires de bande dessinées sous influence de drogues populaires à l'époque. Racistes ou misogynes, ses comics ont marqué tous ceux qui les ont lues. Crumb se promène toujours accompagné de son sketch book, dessinant constamment. A la fois fascinant et terrible, un magnifique film sur une personnalité hors de l'ordinaire. Mario Giguère

DALEKMANIA, documentaire de Kevin Davies, 1995, Angleterre

En 1965, Milton Subotsky produit une adaptation du serial Dr Who and the Daleks pour le grand écran. Au moment de sa sortie les Daleks sont à la télévision dans un serial légendaire de douze épisodes et la folie DALEK s'empare de toutes le cours d'écoles en Angleterre. Le documentaire retrace la réalisation des deux films produits, le deuxième, DALEK INVASION EARTH 2150 A.D., au budget plus considérable, ne rapportant pas autant de revenus. Témoignage d'acteurs, de collectionneurs, bande annonce originale et bande annonce américaine, française et italienne, extraits d'un métrage amateur, entrevue avec TERRY NATION, le créateur des robots qui ont fasciné des générations. J’aurais espéré quelques mots sur le succès de ces mutants au cours des décennies qui ont suivi, mais le documentaire est très centré sur les deux films. 57 minutes bien tassées. Mario Giguère

DARIO ARGENTO - AN EYE FOR HORROR, 2000, TV 

Il est très bien le documentaire sur Dario Argento. Beaucoup d'intervenants et des surprises. Fiore Argento, Michael Brandon tout heureux de son expérience, après tout ce qu'on a lu ! Keith Emerson et Simonetti qui disent travailler avec peu d'instructions de Dario, après tout ce qu'on a lu ! John Carpenter est particulièrement enthousiaste pour décrire le parcours d'Argento, comme George Romero. Les discussions sur les relations du réalisateur avec sa mère, avec Daria Nicolodi, avec Asia et le rapport avec les femmes dans son cinéma sont très intéressantes. Un documentaire très élogieux et plein d'interventions qui laisse moins de place aux extraits de films, avec des plans de tournage de Non Oh Sonno, entre autres. Du tout bon. Mario Giguère

DESPERATELY SEEKING SEKA - Christian Hallman/Magnus Paulsson avec Seka, 2002, Suède, 83m

Un admirateur de Seka, vedette du cinéma porno des années 70-80, tente de la retracer. Il se rend d'abord à la convention annuelle de l'industrie du cinéma pour adultes, rencontrant des réalisateurs et des actrices et acteurs qui lui parlent autant de l'état de l'industrie, de Seka et de la nostalgie entourant l'époque ou les films, tournées en 35mm, avaient un scénario. De fil en aiguille, vas-t-on retrouver l'ancienne femme fatale à la chevelure blonde platine, presque blanche, si belle et sculpturale ?

Avec entre autres Al Goldstein, Nina Hartley, Veronica Hart, Peter North, Serenity, Randy West et des anecdotes sur Ron Jeremy. La nostalgie coule à flot et oui, on retrouve Seka, alors âgée de 47 ans et qui profite de la vie en se cuisinant des plats italiens. Elle parle sans gêne de cette époque pas si lointaine ou elle passait quatre heures et demie, sept jours sur sept dans le gymnase pour garder la forme qui a fait rêver tant d'amateurs. On ne la reconnaît pas immédiatement, mais son sourire et sa joie de vivre communicative l'emportent rapidement sur la déception de la voir physiquement changée, ce qui est inévitable. Un portrait somme toute positif d'une femme épanouie qui a travaillée dans une industrie souvent critiquée. Mario Giguère

The DIRECTORS : WES CRAVEN - Robert J. Emery

Tourné pour la télé, dans le cadre d'une série qui a aussi présenté des réalisateurs comme Scorsese ou James Cameron, ce documentaire de 59 minutes vient en supplément sur le second DVD du film HILLS HAVE EYES (ANCHOR BAY).

Contrairement au documentaire de HILLS HAVE EYES, il donne une curieuse impression. Tout ça est très hollywoodien, et, facilement assez déplaisant.

Sur 59 minutes, on en passe presque 10 avec Meryl Streep qui se révèle être extrêmement ennuyeuse, inculte et sotte. Et Dieu que LES VIOLONS DU COEUR a l'air moche. Histoire mille fois rabattue de prof qui séduit une classe rebelle et leur inculque les vraies valeurs : MENTALITÉ DANGEREUSE, ROCK AND NONNE, voire DEAD POETS SOCIETY. On vous a vus. Et Craven s'y attaquait, c'était ça, son incursion hors du film d'épouvante. Eh ben ?

On a également droit aux commentaires très prenants de Neve Campbell. Celle-ci déclare "Wes is great"... Ah bon... En fait, on s'en doute, beaucoup (trop) d'espace est consacré à SCREAM, alors qu'un film comme THE PEOPLE UNDER THE STAIRS (nettement meilleur, sans être un chef-d'oeuvre) se voit expédié en... 30 secondes !!!

À force de trop s'attarder sur certains films, d'autres sont oubliés. Ce n'est pas dire que SUMMER OF FEAR est un monument du 7e art, mais il aurait été intéressant d'interroger Craven sur sa relation de travail avec Linda Blair, par exemple.

Le parti pris du réalisateur Robert J. Emery semble évident : il préfère la respectabilité hollywoodienne aux films "crasse" des débuts, du genre THE LAST HOUSE ON THE LEFT. Citant des critiques outrés, il néglige d'offrir la contre-partie. THE HILLS HAVE EYES est décrit comme un film "beaucoup plus accompli" pour des raisons très académiques, alors que, dans le fond, on comprend que l'aspect " exploitation " est moins présent, ce qui justifie un tel jugement.

Respectabilité égale, dans un tel cas, anonymat. Les extraits des VIOLONS DU COEUR sont éloquents : caméra fixe qui capture en plan moyen les réactions des acteurs. Il ne faudrait surtout pas venir mettre de l'art " en travers de l'histoire ", car le grand public d'Hollywood considère les effets esthétiques comme un appauvrissement de l'effet de réel. Identification aux personnages et autres vieilles valeurs sont de mise.

Enfin... Et, après ça, on se demande pourquoi la carrière de Craven est décevante depuis 1994... Remember UN VAMPIRE À BROOKLYN ? Le documentaire passe plus de temps à analyser ce nanar avec Eddie Murphy qu'à DEADLY BLESSING... Howard Vernon


Max Pecas

EUROTIKA ! documentaire britannique de la Chaîne 4 en 9 parties

Voilà un documentaire anglais produit pour la télévision et dont j'ai vu trois parties: EUROCINÉ - LES SAVANTS FOUS et MAX PECAS pour un total d'environ une heure. Entretiens et plein d'extraits vidéos, l'ambiance est décontractée, la présentation très "pop" années 70. J'ai particulièrement apprécié les propos de Lesoeur sur Eurociné et l'entretien avec Max Pecas, que, ma foi, je connais plus que je ne le croyais. J'étais fort jeune lorsque ses classiques: JE SUIS UNE NYMPHOMANE et JE SUIS FRIGIDE, POURQUOI ? passaient tard le soir à la télé. On aperçoit brièvement Michel Lemoine qui, en 1999, grisonne, mais semble en grande forme. Mario Giguère

FANEX FILES: HAMMER FILMS - Jeff Herberger & A. Susan Svehla, 2008, États Unis, 96m

Voici un tour d'horizon de la production de la firme HAMMER qui a la particularité de contenir plusieurs entrevues avec les créateurs et acteurs associés à la compagnie. Pour cause, les conventions FANEX ont, pendant 19 ans, réunis les amateurs et invité les artisans de l'époque. On retrouve donc avec plaisir: Christopher Lee; Veronica Carlson; Ingrid Pitt; James Bernard; Val Guest; Jimmy Sangster; Freddie Francis; Caroline Munro; Virginia Wetherall; Michael Ripper & Barbara Shelley. La présentation est regroupée par segments: les débuts du studio; les Frankenstein; les Dracula; les autres monstres; les continents oubliés; le sexe et l'horreur, etc. On mélange images d'archives, bandes annonces et ces entrevues dont la qualité sonore est parfois douteuse, archive oblige, mais remplit d'anecdotes savoureuses. C'est évidemment l'occasion de voir plusieurs personnes décédées depuis, comme Freddie Francis et on regrette de manquer Peter Cushing, évoqué à maintes reprises par ses collaborateurs. Le connaisseur de la Hammer ne fera pas de grandes découvertes, mais il s'agit d'une excellente introduction pour les néophytes et les aficionados apprécieront de voir les moments candides et les témoignages touchants d'acteurs et d'actrices qui se rappellent avec émotion d'une belle époque révolue.

Édité chez Alpha Films, je vous conseille l'achat chez www.oldies.com, à prix on ne peut plus modique. On y retrouve la bande annonce d'un autre documentaire sur Samuel Z Arkoff, de la défunte American International Pictures. Bien hâte de le voir ! Mario Giguère

FANEX FILES: SAMUEL Z. ARKOFF - Jeff Herberger avec Samuel Z. Arkoff, Leanna Chamish, Roger Corman, 2008, États Unis, 91m

Ce documentaire des plus intéressants est bâti autour d'une entrevue avec Arkoff donnée en 2000 au congrès FANEX. Narré par Tom Proveaux avec des interventions entre autre de Roger Corman et plusieurs bandes annonces d'époque pour illustrer le propos. C'est toute une époque déjà lointaine que fait revivre ce géant du film de série B qui a fait découvrir bien des talents avec la compagnie AIP: American International Pictures. C'est après guerre, profitant d'une loi anti-trust qui obligeait les studios à se départir de leur intérêt dans les circuits de salle et de l'arrivée des ciné-parcs que Samuel Z Arkoff, avec son complice James Nicholson, commence à produire des films qu'il offre aux cinémas de banlieue et aux salles indépendantes qui étaient alors cantonnées aux reprises de films populaires. Plus important, il a l'idée de cibler les teenagers en produisant des titres les mettant en vedette. Bonjour les Teenage Werewolf, Teenage Frankenstein et autres films qui remplissent les salles. Arkoff va ainsi régulièrement s'adapter au public bien différent qui afflue dans les salles obscures. Les monstres n'ayant plus la cote, il produit une série de films de plage et remet en selle Annette Funicello et Frankie Avalon. Il donne leur chance à de jeunes réalisateurs et c'est ainsi qu'il produit bien des films de Roger Corman qui réalisera un long cycle de films basé sur les récits d'Edgar Allan Poe. Suivront les films de motards et de contre culture ainsi que les Blaxploitation.

Moins visible dans les années qui suivent suite à une série de vente de compagnies, Arkoff travaille donc pour Orion Pictures ou il produit entre autres des succès comme Amityville, Dressed to Kill de Brian De Palma, Épouvante sur New York ou le remake de The Haunting. Remplit d'anecdotes savoureuses, ces 91 minutes passent très rapidement et même les plus férus devraient y faire des découvertes, alors que le nouveau venu va découvrir tout un monde merveilleux. À savourer. Mario Giguère

FLYING SAUCERS OVER HOLLYWOOD: The Plan 9 Companion - Mark Patrick Carducci, 1992, États Unis

Documentaire sur le réalisateur Edward D. Wood Jr. et plus spécialement sur le tournage de son plus grand (in)succès.

Je ne sais pas pour vous mais je suis vraiment fatigué d'entendre parler d'Ed Wood comme étant le plus mauvais réalisateur et d'entendre parler de ses films comme étant les plus mauvais films jamais tournés et de voir des gens prendre plaisirs à détruire le peu de crédibilité qu'il lui reste.

Est-ce que c'était vraiment nécessaire d'avoir un host aussi innocent et présent tout au long du documentaire? Et de placer chaque invité sur la même chaise, dans le même décor avec les mêmes affiches à l'arrière? Et que dire des témoignages complètement inutiles comme cette dominatrice S&M qui raconte qu'un de ses clients aime Vampira et qu'il aime être dominé par une femme habillée en cuir (c'est tout ce qu'elle dit et on n'en sait pas plus!)

Complètement nul et beaucoup trop long. Retapez-vous NIGHT OF THE GHOULS à la place. Mathieu PRUDENT

La FRANCE INTERDITE aka FRENCH PROHIBITION - Jean-Pierre Imbrohoris, Jean-Pierre Garnier & Gilles Delannoy, 1984, France 

"Rien n'est en soi ni bon ni mauvais, tout dépend de ce qu'on en pense." C'est sur cette citation de Shakespeare, comme pour se donner un air respectable, que s'ouvre ce mondo franchouillard s'évertuant à explorer le côté obscur de la France des années 1980. Les auteurs de ce "documentaire" entament leur exploration en douceur en passant par l'inévitable découverte de création de mode quelque peu rocambolesque, voire olé olé. Mais étant donné que cela n'intéressera pas grand monde, on passe très rapidement aux choses un peu plus sérieuses en commençant par Pigalle. Ah Pigalle et ses sex shop éclairés au néon, Pigale et son Moulin Rouge... Mais on s'en fout du Moulin Rouge, trop soft, on va tout de suite jeter un oeil dans un peep show avant de pénétrer au sein d'une troupe de lesbiennes s'enfilant des lignes de coke avant d'entamer une petite fête quelque peu SM. Pour la suite, on a droit à une visite chez des travelos du bois de Boulogne, ou à un court passage chez des femmes pratiquant la musculation dans un club de gym (?!?) et à un bref regard sur la surface " chaude " de St-Tropez. Mais les choses sérieuses viennent avec le club sado-masochiste gay où une bande de clones de Freddy Mercury, casquette de cuir vissée sur le crâne et moustache impeccable, s'adonnent à des séances proprement douloureuses en sirotant des bières. Les mecs se frappent, se fessent, s'enchaînent, se crachent à la gueule, s'écrasent des clopes sur le corps... à côté de ça, les lesbiennes SM du début ont l'air d'amuser les visiteurs de Disneyland. Autre scène joliment costaud, des couples s'adonnant eux aussi à des séances de sado-masochisme dans de vieux châteaux français. Ces couples s'abandonnent volontiers à divers exercices plus ou moins douloureux, bien souvent sous les ordres d'une sorte de sosie de Raspoutine qui n'hésite pas à manier le godemiché avec plus ou moins de ferveur. Réellement surprenant ! Entre temps on aura eu droit à un casting de film porno lors duquel une blonde aussi vive qu'un poisson rouge fait preuve d'un niveau de niaiserie phénoménale. Pour terminer, l'équipe du film a eu l'autorisation de filmer une messe noire lors de laquelle une femme nue se fait arroser du sang d'un animal fraîchement égorgé... la suite "n'est pas montrable" nous dit-on alors. Mouais, si le reste semble effectivement tenir du témoignage opportuniste, voyeuriste, anecdotique et totalement fourre-tout, cette séance de messe noire reste franchement peu plausible et sent comme le désire avorté d'apporter une pointe de macabre à un film qui par moment surprend, mais finalement jamais ne choque. Kerozene

The HAUNTED WORLD OF EDWARD D. WOOD JR - Brett Thompson, 1996, États Unis, 112m

Profitant de la sortie du film de Tim Burton, ED WOOD, Brett Thompson réunit les gens qui ont côtoyé le légendaire réalisateur de "mauvais films". On se concentre donc sur ses cinq réalisations et surtout sur GLEN OR GLENDA et PLAN NINE FROM OUTER SPACE. On retrouve donc des entrevues avec Dolores Fuller, Vampira, Paul Marco, Conrad Brooks, Bela Lugosi Jr et Lyle Talbot, pour n'en nommer que quelques-uns. Ajoutez des extraits de films, des photos d'archive et quelques inédits, dont la restauration de son premier tournage, un court-métrage western intitulé CROSSROADS OF LAREDO.

Ses "collaborateurs" sont souvent très critiques des méthodes peu orthodoxes de travail de Wood, tout comme on s'attarde à corriger les libertés prises par le scénario du film de Burton. Si Wood portait bel et bien des sous-vêtements féminins, suite à une enfance particulière, il ne l'a jamais fait lors de tournages. Bela Lugosi Jr est particulièrement cinglant et critique de la façon dont Wood a exploité les dernières années de son père. Le révérend Lynn Lemon raconte comment Wood a arnaqué, pour ainsi dire, une communauté religieuse pour faire son PLAN NINE FROM OUTER SPACE. On ne parle pas, ou on évite de parler de sa carrière de scénariste, plus fructueuse, ni de son métier d'écrivain de romans populaire, mais on parle de ses dernière années où son alcoolisme a ruiné sa vie. Un parcours qui se termine tragiquement pour un homme qui a concrétisé ce que d'autre ont tant rêvé: faire des films, tout simplement. La mise en scène des entretiens est parfois très artificielle, probablement en clin d'oeil au réalisateur mal aimé.

On en sort fasciné par cette vie si singulière et on a envie de se retaper ses films en continu. Ne serait-ce que pour se rappeler qu'il est loin d'être le pire réalisateur de tous les temps et qu'il sait souvent nous amuser, pas toujours volontairement, certes, mais c'est déjà une qualité qui n'est pas si universelle. Mario Giguère

HERSCHELL GORDON LEWIS: THE GODFATHER OF GORE - Frank Henenlotter & Jimmy Maslon avec Herschell Gordon Lewis, David Friedman, John Waters, Bunny Yeager, Joe Bob Briggs, 2010, États Unis, 106m

Documentaire fort attendu sur la carrière du parrain du Gore, l'unique Herschell Gordon Lewis. Fruit de quatre années de travail sous l'impulsion du père de Something Weird Video, le documentaire retrace non seulement les années gore, mais toute la vie de cinéaste. On débute donc par la vague de films "nudies", ces bandes qui profitent d'un jugement d'alors qui veut que la nudité peut avoir sa place à l'écran si elle n'est pas dans un contexte sexuel. Lewis réalise donc de petits films rapidement, sur des prétextes de scénarios, visitant les camps de nudiste fort populaires à l'époque. On illustre les dérives de l'époque avec des extraits de NUDE ON THE MOON, qui n'est pas de Lewis, mais qu'il est toujours drôle de revoir. Lewis rencontre rapidement David Friedman qui va l'aider à distribuer ces films, essentiellement dans les ciné-parcs et "grindhouse", friands de films d'exploitation à prix modique. Lorsque la nudité vends un peu moins, notre duo coquin cherche à inaugurer la prochaine vagie et c'est là que vient l'idée du gore et la réalisation de BLOOD FEAST. On rencontre beaucoup de collaborateurs et on voit beaucoup de scènes manquées ou coupées au montage.

Arrive le clou du spectacle, le film le plus marquant et qui fait encore son effet, le légendaire 2000 MANIACS. On pousse l'audace à recréer certaines scènes et à revisiter la ville qui a servie de décor à cette perle du genre. Suivront les autres essais moins frappants de Lewis jusqu'à mélanger les genres avec, par exemple SOMETHING WEIRD, qui tiens plus du délire psychédélique et de l'intérêt croissant pour la parapsychologie et ou le talent somme toute limité et les budgets paumés servent mal le réalisateur. Reconverti dans le "direct marketing", l'homme est toujours aussi enthousiaste et heureux de se remémorer avec moult clins d'oeil cette époque révolue que les studios ont finalement récupérés avec leur flot de films de torture au propos limité.

Parmi les "experts" et anciens collaborateurs, il fait toujours plaisir de revoir ou découvrir David Friedman qui semble vieillir plus lentement que nous ! Idem pour Frank Henenlotter, passionné et enthousiaste ou un Joe Bob Briggs qui ne manque pas de langage imagé pour décrire le "roi de la crème des mauvais films". De nombreux acteurs et techniciens confirment le manque de moyens mais la bonne volonté et le plaisir à tourner ces scènes quasi surréalistes avec de jolies comédiennes à qui on demande de jouer avec des pièces de viande pas fraîches dans la bouche. Herschell Gordon Lewis a eu droit à une longue ovation debout bien méritée pour cette première mondiale. Mario Giguère

A HISTORY OF HORROR with MARK GATISS - John Das avec Mark Gatiss, John Carpenter, Barbara STeele, David Warner, Jimmy Sangster, Gloria Stuart, 2010, Royaume Uni, 180m

On a demandé à Mark Gatiss, scénariste et acteur (Doctor Who, First Men in the Moon), de travailler sur un documentaire sur l'histoire du cinéma d'horreur. S'il a ajouté son nom au titre, c'est bien pour préciser qu'il s'agit d'une vision toute personnelle, des films qu'il aime. Le tout est réunit en trois programmes d'une heure et trois périodes importantes du genre.

Les Studios Universal. Après avoir évoqué THE PHANTOM OF THE OPERA et la première grande star de l'horreur, Lon Chaney, on évoque les classiques du studio, les Frankenstein, Dracula et autres momies et loup-garou. Gatiss se concentre sur ses films préférés et les meilleurs fleurons du genre, évoquant ses vedettes: Boris Karloff et Bela Lugosi. On n'hésite pas à se déplacer aux États Unis pour rencontrer les vedettes encore vivantes, montrer le kit de maquillage de Lon Chaney, la chauve souris de Dracula qui tiens le coup après tant d.années et qui n'est pas faite de caoutchouc ! Chaque heure évoque durant les dernières minutes le déclin d'une belle époque et ce qui remplace l'horreur au coeur des cinéphiles. On parlera ici de la Science Fiction et de ses monstres atomiques et extraterrestres qui ont fait oublier les créatures gothiques.

La période qui tiens le plus à coeur à Gatiss est évidemment celle de son enfance, la vision des films d'horreur de la firme HAMMER. Outre les multiples extraits de films, on a droit à de courts entretiens avec les artisans de l'époque. Gatiss ne manque pas d'évoquer ce qui se passe outre mer comme les productions de Val Lewton pour la RKO et n'hésite pas à présenter un John Carpenter qui trouve la réputation de Lewton complètement surfaite. Encore ici on n'hésite pas à survoler les carrières des icones du genre, Peter Cushing particulièrement. Le moment passé à parler de l'oeuvre de Mario Bava est évidemment trop court. Gatiss avait averti en entrevue que trois heures c'est bien peu et il évoquera uniquement par la musique. Enfin de chapitre, le magnifique SUSPIRIA de Dario Argento. D'ailleurs si on peut regretter que le documentaire ne soit pas plus long, c'est bien le cinéma Italien qui semble en souffrir le plus.

On termine avec les années 60-70, en débutant par PSYCHOSE d'Alfred Hitchcock pour terminer avec HALLOWEEN de John Carpenter. Exit le supernaturel et l'arrivée de l'horreur moderne et du sang précurseur des Slashers, un sous-genre qui est déploré par Gatiss. Rencontres intéressantes, entre autre avec Toby Hooper très sérieux. Il est à noter que les brefs entretiens de Gatiss ont des questions fort intéressantes, on y voit le scénariste questionner les réalisateurs sur leurs intentions et sur leur vision du genre, passé ou actuel. On parle aussi de THE HAUNTING, THE EXORCIST, THE OMEN, des films David Cronenberg, on rencontre George Romero. Lorsque Gatiss nous dit qu'il ne se fait rien de bien intéressant après HALLOWEEN et le règne du Slasher, on veut bien protester et on présente brièvement quelques titres qui méritent l'attention comme les fleurons de l'horreur Japonaise ou Espagnole. Durant cette heure, le présentateur est régulièrement dans une convention de fans d'horreur américaine.

Pour l'amateur éclairé il y aura peu de découvertes, mais j'y ai apprit l'existence de BLOOD ON SATAN'S CLAW de Piers Haggard, que je me promets de découvrir. Le documentaire est très intéressant pour ses entrevues variées et bien menées. On doit bien donner raison à Gatiss, trois heures c'est bien court pour faire le tour d'un genre qui a toujours été présent sur les écrans. A voir. Mario Giguère

I LIKE TO HURT PEOPLE - Donald G. Jackson, 1985, États Unis 

Documentaire enrobé de fiction, I LIKE TO HURT PEOPLE suit principalement le lutteur THE SHEIK (Edward Farhat), son serpent et ses gérants, dont l'inénarrable et québécois EDDY "THE BRAIN" CREATCHMAN, blesser tous les lutteurs qui lui passent sous la main. On voit aussi le regretté ANDRE THE GIANT connu ici sous le nom de GÉANT FERRÉ, des nains et la première femme à avoir lutté dans le ring avec un homme, HEATHER FEATHER (pas vraiment un poids plume ), dont je n'avait jamais entendu parler. En scène également Abdullah the Butcher, Dory et Terry Funk, Dusty Rhodes et plusieurs vedettes de l'époque, dont ce jeune lutteur qui claironne de manière stupéfiante le titre du film. Le tout intercalé avec de faux commentaires de psychiatres sur les amateurs, des témoignages de familles qui aiment être sur place le samedi soir pour voir le sang couler. Car le SHEIK est un lutteur extrême avant la lettre qui, comme Abdullah, se sert d'objets plus ou moins cachés pour blesser ses adversaires, quand il ne les mord tout simplement pas ! Mike Tyson n'a rien inventé, tout comme la lutte actuelle, spectaculaire mais pas plus qu'à cette époque excessive. Le tout souvent rythmé sur une musique pop expressément écrite pour le film, reprenant... le titre du film.

À noter que le lutteur bien connu de la défunte ECW, SABU, est le neveu du lutteur connu sous le nom de THE SHEIK et qu'il a bien poursuivit la tradition de manière stupéfiante, ajoutant sauts et prises spectaculaire au répertoire ! Un documentaire coloré sur un monde particulier qui saura satisfaire les amateurs et les curieux, sorti par la compagnie New World. Mario Giguère

Il MONDO DI DARIO ARGENTO 3: Il museo degli orrori di Dario Argento - Luigi Cozzi, 1997, Italie, 106m

Dernier documentaire et dernière réalisation de Luigi Cozzi, ce Monde de l'horreur de Dario Argento débute par la présentation du réalisateur et de la boutique Profondo Rosso, qui servira de prétexte à différents chapitres. On présente aussi des invités au commerce: Tom Savini et Riccardo Freda.

1- I MOSTRI CLASSICI est l'occasion de présenter quelques bandes annonces classiques, tel Son of Kong ou La Créature du Lac Noir.

2- PHENOMENA présente quelques moments du making of et offre les deux clips musicaux tournés pour le film, réalisés par Dario Argento et Michele Soavi.

3-DEMONI présente le film et l'auteur Lamberto Bava ainsi que l'épisode de la série Giallo tourné par Lamberto: TURNO DI MOTTE: HEAVY NETAL

4- OPERA extraits de tournage 

5- STAR CRASH extraits et démonstration de l'animation image par image des robots contre la vedette d'Alerte à Malibu !

6- GLI INCUBI TELEVISIVI présente les séries télévisées d'Argento, de DOORS INTO DARKNESS à GIALLO et plusieurs épisodes de GLI INCUBI DI DARIO ARGENTO sont offerts, courts métrages de 2-3 minutes qui illustrent des cauchemars contés par Dario.

7- VIA DELLE STREGHE présente cette place publique qui figure dans LA CHIESA et dans le deuxième épisode présenté de la série GIALLO montré en intégral.

8- TRAUMA extraîts et explication de la trancheuse de têtes ! 

9- LA SINDROME DI STENDAHL extraîts et making of. 

Cozzi filme les objets de la boutique de manière conventionnelle et fait un montage qui attire un peu trop l'attention sur lui-même, mais le documentaire permet de voir des épisodes de fictions télévisées difficiles à voir autrement. Mario Giguère

  IN SEARCH OF THE GREAT BEAST 666 - Robert Garofalo avec Joss Ackland, Thomas Bewley, William R. Charlton, Neil Charnaud, Ray Jack Warner, 2009, États Unis, 97m

Documentaire sur la vie d'Aleister Crowley (1875-1947), un personnage à la réputation sulfureuse, dernier des grands sorciers visible dans les médias de l'époque. SI on nous montre des documents d'époque, surtout des photos, on choisit de recréer des témoignages de Crowley et des gens qui l'ont côtoyé à l'aide de comédiens. L'approche est parfois un peu gauche. Il est à savoir jusqu'à quel point on a mis des paroles dans la bouche de toutes ces personnes et probablement que le spectateur bien renseigné trouvera à redire. Mais cet homme qui prétendait avoir été choisi par les dieux, qui disait communiquer avec eux, pratiquait le sexe magique et a flambé une fortune pour terminer sa vie pratiquement dans le silence est tellement hors-norme qu'elle fascine. On s'attache passablement aux côtés sordides, son exploitation de femmes serviles dévouées à lui est particulièrement troublante. Tout cela débute évidemment par une éducation religieuse très stricte. Bon nombre de personnage historiques, je pense particulièrement à Gilles de Raie, se sont rebellés, passant au côté sombre, comme dirait George Lucas. Sa description de l'expérience "scientifique" ou il teste les neuf vies d'un chat est particulièrement dégoûtante et relève de la folie précoce. Ce sera comme cela tout au long de sa vie partagée entre une vie de recherche soi-disant spirituelle, magique, de sorcellerie blanche et noire, qui ressemble étrangement à une vie de débauche excessive ou seul le présent existe. Tout au long on le rattache aussi à des personnages historiques: il serait peut-être parent avec George W Busch tandis qu'Ian Fleming aurait suggéré de le contacter pour son expertise sur l'occultisme et piéger le Führer, ce qui ne s'est pas fait. Imparfait et inégal, certes, mais le documentaire jette un regard intéressant sur un homme devenue presque une légende. On se rappellera la fascination qu'il suscite encore et toujours chez les musiciens tel Jimmy Page, guitariste de Led Zeppelin qui fut propriétaire de son manoir de Boleskine pendant quelques années. Mario Giguère

INSIDE DEEP THROAT - Fenton Bailey et Randy Barbato, 2005, États Unis

J'étais très curieux de découvrir ce documentaire sur une légende du " CINÉMA X ". Il était justement projeté au Cinéma du Parc lors de mon passage récent à Montréal, pendant la soirée des Oscars. J'ai fait mon choix, qui en dit sans doute long sur mes priorités et ma perception du cinéma... Mais ça, c'est une autre histoire.

Quelques heures avant le visionnement Orloff Manera, dans un grand moment de description hyperbolique, s'était empressé de matraquer mes espoirs :

- D'après le New-Yorker, le film est minable, c'est réalisé par l'équipe de PARTY MONSTER... Ça joue à du Parc en plus ? Attends-toi à des planchers collants, des bancs qui grincent... L'écran ? C'est un drap ! On dirait que le son sort de haut-parleurs d'ordinateurs. La salle est pleine de " retards " qui pointent l'écran du doigt.

" Si quelqu'un te dit qu'il a vu un film au Cinéma du Parc, tu lui réponds : tu l'as pas vu au cinéma... "

Bref, cette soirée promettait d'être étrange... Évidemment, avec une telle entrée en matière, Manera ne venait pas, quittant plutôt pour Québec, lui qui avait pourtant affirmé lors d'une fiesta mémorable " ne jamais cruiser hors du 514 ". Donc, armé d'un Bad Feeble immunisé et d'une Madame Atomos atomisée, nous avons bravé le froid d'un Montréal ébouriffé par le vent afin d'en savoir plus...

Alors, INSIDE DEEP THROAT, dans tout ça ? 

De un, le Cinéma du Parc n'était pas l'abomination décrite par Manera, bien heureusement. 

De deux, le film est intéressant. On fait pas mal le tour de la question. Il est très intéressant de découvrir la vie quotidienne du cinéaste Gerard Damiano, venu dans le X pour faire de l'art !!! Il faut dire que ses films torturés (à part DEEP THROAT et les produits de commande réalisés à la fin des années 70/début 80) - STORY OF JOANA, DEVIL IN MISS JONES - ne signalent guère une inspiration gauloise. Alors de la voir assis dans sa cour arrière, blasé, pendant que sa fille fait la danse du feu (c'est une professionnelle !) crée une impression particulière, de même que le tout début du film où on le voit déambuler dans une rue banlieusarde en saluant ses vieux voisins. Il y a du Bela Lugosi version Ed Wood dans l'air...

La plupart des intervenants sont plus ou moins délirants d'une façon ou d'une autre. Je ne gâcherai pas votre plaisir. Les cinéastes utilisent un montage ironique - très tendance - qui confère à INSIDE DEEP THROAT un certain humour insolent.

Quant à ce que le film révèle, il y aurait de quoi écrire un immense bouquin... que ce soit le parcours étrange et sinueux de Linda Lovelace ou celui de Harry Reems (vu dans le film québécois LES CHIENS CHAUDS aux côtés de Jean Lapointe...), payé 250 $ pour le film et menacé d'être emprisonné !

Il s'agit donc d'un documentaire à découvrir, qui, par la bande, révèle les contradictions de la société américaine, sorte de serpent qui se mord la queue à défaut d'autre chose. Howard Vernon

Les INTERDITS DU MONDE - Chantal Lasbats, 1985, France

Un mondo à la française réalisé par une femme? Cela donne LES INTERDITS DU MONDE, une collection opportuniste de "rituels" déviants officiellement réunis dans un but sociologique permettant un rapprochement entre l'Homme et le règne animal... Les hostilités commencent au Togo où des tribus pratiquent des rites vaudous lors desquels serpents et crapauds sont bouffés vivants par des individus en transe. Puis suivent une bourgeoise parisienne qui va faire son marché dans un bordel en observant des types se foutre à poil devant la patronne de l'établissement, des travelos brésiliens qui seraient en réalité des enfants des favelas vendus aux exploitants de tripots douteux, des coprophages homos vêtus de combinaison en latex à Berlin, une séance de bondage dans un garage d'Amsterdam, une cérémonie luciférienne quelque part en France, une danseuse nue ramassant ses pourboires avec sa foufoune dans une boîte de Manille avant de fumer des clopes par le même orifice (trois clopes en même temps, quand même!), des couples échangistes masqués dans un milieu français bourgeois, une crucifixion volontaire aux Philippines et le bouquet, un couple nécrophile new-yorkais qui va s'envoyer en l'air à la morgue devant un cadavre tellement frais que l'on peut voir le talc sur le visage de l'acteur...

Bref, des scènes chocs chez les sauvages, des images bidons ou juste cracras chez les occidentaux... Mais Chantal Lasbats ne pousse jamais le bouchon très loin et son film s'avère au final bien inoffensif, voire même risible à la vision des lucifériens bidons et des pathétiques nécrophiles. Le parallèle avec le monde animal est quant à lui présent entre chaque séquence, la réalisatrice ayant séparé ses sujets par des images de fauves copulant dans la savane, des oiseaux prenant leur envol, un félin courant dans la nuit... Le parallèle est clairement incompréhensible et font plutôt passer l'espèce humaine pour un ramassis de débiles et le film pour une vraie daube.

LES INTERDITS DU MONDE aurait eu des déboires avec la censure lors de sa sortie cinéma en France, sortie qui ne fut possible que grâce à l'intervention du Ministre de la culture en personne, à savoir Jack Lang, en janvier 1986. Kerozene


Willie Lamothe

JE CHANTE À CHEVAL AVEC WILLIE LAMOTHE - Jacques Leduc, 1971, Canada, 1h

Pendant l'explosion du "cinéma direct" au Québec, fin '60 et début '70, la plupart des cinéastes "intello" cherchaient désespérément des sujets à se mettre sous la dent, d'où l'émergence de bon nombre de documentaires tout à fait "objectifs" qui consistaient en fait de très peu de choses; on laissait les sujets "vivre" et s'exprimer librement devant les caméras sans vraiment orienter leur propos vers quelque chose de pertinent ou couper dans les scènes superflues.

J'imagine sans peine Jacques Leduc arriver dans l'entourage de Lamothe sans idées directrices précises, armé de sa caméra, s'installant pour un "entretien" prolongé dans la cuisine du Willie, puis le suivant en tournée.

C'est en substance ce que l'on obtient ici, un documentaire produit par l'ONF avec accès privilégié à la vie de la star country, qui aurait pu être fort intéressant mais qui tombe un peu à plat. On se contente se filmer Lamothe pendant ses nombreux concerts, et on a droit à l'intégralité des chansons, ce qui devient langoureux... et très long, à force de répétition, pour une génération telle que la mienne, qui ne connaît le personnage qu'à travers MUSTANG, LA MORT D'UN BÛCHERON ou encore le directeur de caisse populaire de Y'A TOUJOURS MOYEN DE MOYENNER ! On le voit ainsi chanter... dans une église, à la télé, au bord d'un feu de camp, dans un encan... et il y a même des extraits de son émission "Le Ranch à Willie" !

Jacques Leduc est un excellent réalisateur, entre autres d'ON EST LOIN DU SOLEIL aussi en '71 et plus récemment de L'ÂGE DE BRAISE en '98. Il est tout simplement dommage qu'il n'ait pas profité de l'occasion pour nous fournir un panorama, autre que musical, plus touffu de la personnalité de ce grand de la chanson. Il est amusant, au début du film, de voir du matériel d'archive montrant Jean Chrétien à cheval, coiffé d'un chapeau à plumes de "chef indien", qui fait le fanfaron devant un photographe, tout cela à la parade du chic Festival Western de St-Tite ! Orloff

Le titre, déjà, est un programme à lui seul.

Pendant 53 minutes, ce documentaire québécois produit par l'ONF suit les traces du " cowboy canadien-français ", Willie Lamothe, accompagné du guitariste Bobby Hachey. Des scènes de concerts divers sont entrecoupées d'entrevues de Lamothe et de collaborateurs.

On y découvre bien entendu des moments pris sur le vif pendant le Festival Western de St-Tite, qui en était alors à ses débuts (1971). Lamothe s'impose comme un luron de type plutôt joyeux, peu avare en anecdotes en tous genres. Populiste dans son approche, il refuse le star-system, préférant plutôt être près des gens.

À cet égard, la scène anthologique d'une mémé racontant comment elle est impressionnée de voir " en vrai " des vedettes de la télé est assez précieuse. La dame en question nous raconte candidement avoir vu des vedettes " au magasin ". Pour ne pas les incommoder, elle se cache entre deux rayons, et ainsi, elle peut longuement les observer. Eh ben...

D'autres scènes sont tirées de l'émission de télé LE RANCH À WILLY, avec le comique québécois " le Père Gédéon ", doté d'un accent du terroir caricatural, qui n'hésite pas à sermonner Willy : " Tu t'es fait fourrer en achetant c'te vache-là ".

Willy et les animaux, alors ? Il a mis du temps à s'acheter un cheval, mais on lui disait qu'un chanteur de " musique western canadienne " ne pouvait pas vivre sans le fidèle compagnon du cow-boy. Lamothe finit par obtempérer, mais son cheval est moins docile qu'on ne le croirait.

JE CHANTE À CHEVAL AVEC WILLIE LAMOTHE propose aussi des images du groupe du fils de Willie : OFFENBACH. C'est l'occasion de découvrir un Gerry Boulet jeune et moustachu, qui chante en anglais tout en plaquant deux accords rock and roll sur son orgue. Le " cow-boy " canadien reconnaît être un peu désorienté face à cette musique, mais il encourage son fils dans sa passion. Après le hockey et le golf, pourquoi pas le gros rock québécois, après tout ?

Beaucoup de scènes donnent du " western canadien " une image un peu pathétique&ldots; Willie Lamothe entouré de grâces croulantes qui faussent allègrement, des paroles profondes du genre " Quand le soleil sourit aux montagnes ", Willie donnant un concert pendant un encan ou chantant " Alouette, gentille alouette " avec un enfant, autour d'un feu... Disons qu'on pourrait recommander le visionnement à un grand dépressif. Les chances de guérison augmenteraient sans doute.

Pour une image encore plus décadente et abrasive du chanteur, on se reportera au film de Gilles Carle LA MORT D'UN BÛCHERON, où il incarne un tenancier de cabaret d'un genre assez extravagant... Howard Vernon

JOE D’AMATO TOTALLY UNCUT, 1999

Sympathique documentaire sur le défunt réalisateur, qui se considère comme un artisan professionnel plutôt que réalisateur, sympathique et humble. Quelques anecdotes savoureuses: après le succès international du film d'Hong Kong SEX AND ZEN, D'Amato s'en vas tourner cinq films aux philippines, sous pseudonyme ( ne parlant pas la langue de ses acteurs, actrices, il leur demande de compter: là, tu compte jusqu'à trente, on doublera une phrase intéressante après ! ), un journaliste futé dira: " évidemment que ce n'est pas des films tournés à Hong Kong, l'histoire est mauvaise, les acteurs sont mauvais, la réalisation est mauvaise: voilà bel et bien des films japonais ! " Ah ah, il dit que lorsqu'on lui parle de Rocco Siffredi ( acteur renommé d'hardcore, aperçu dans Romance) et de Ferrari, il est fier d'être italien. Il termine disant ne pas comprendre que les gens paient $10.00 à un congrès du New Jersey pour avoir sa photo autographiée, au lieu de s'acheter un T shirt ou d'aller voir un film, là je me suis senti visé, sacré Joe ! Mario Giguère

1 | 2

Google
 
Web www.clubdesmonstres.com

ÉTATS UNIS

100 FILMS | INTRODUCTION | ART | ARCHIVES | BESTIAIRENOS CHOIX | COURRIER | DICTIONNAIRE VISUEL | EDWIGE FENECH | FIGURINES | FORUM | GAZETTE | LECTURES | LIENS | LUTTE | MP3 - WAV | REPORTAGES | RESSOURCES | PHOTOS | VISIONNEMENTS | VENTE