La Tchécoslovaquie fut un pays d'Europe de 1918 à 1992 aussi appelé République socialiste Tchèque lors de la prise de pouvoir par la Russie en 1948. La "partition de velours" sépare le pays qui devient la République Tchèque et la Slovaquie. On confond le tout sur cette page !

mise à jour le 7 septembre 2011

L'ARCHE DE MONSIEUR SERVADAC aka NA KOMETE - Karel Zeman, 1970, Tchécoslovaquie, 1970, 75m, Couleurs, sépia, noir et blanc

Une comète a provoqué une brusque scission de l'écorce terrestre. Un morceau de la Terre a été projeté dans l'espace. Sur cette nouvelle planète en dérive se trouvent réunis une garnison française d'Afrique du Nord, les Arabes qui leur font face et le trafiquant d'armes intéressé par cet affrontement. Le groupe comprend également une jeune fille destinée à un émir et de nombreux commerçants, serviteurs, navigateurs ainsi que des soldats britanniques de Gibraltar. Hector Servadac, jeune soldat Français, tente de les convaincre les ennemis d'hier de s'allier contre les nouveaux périls célestes qui les guettent. Alors que ce petit monde s'organise, une horde de dinosaures surgit du désert. ! ! !

Publicitaire de formation, Karl Zeman, surnommé le Méliès Tchèque, livre avec cette adaptation de Jules Vernes méconnue ("Hector Servadac, Voyages et Aventures à travers le Monde Solaire", qui est l'un des plus fous des Voyages extraordinaires de Verne), une œuvre étonnante et détonnante. Comme beaucoup d'autres œuvres, ce roman mêle avec un grand art des faits scientifiques rigoureux provenant des meilleures sources de l'époque à des hypothèses abracadabrantes. Grâce au savoir-faire de Zeman, les décors de la comète et les paysages de l'Afrique du Nord, recomposés grâce à un époustouflant travail sur l'image, évoquent les vieilles cartes postales du début du siècle et confèrent à ce film toute sa dimension poétique et fantasmagorique. Le film est tourné en couleurs mais dès l'apparition de personnages réels, c'est le noir et blanc puis le sépia qui reprennent le relais. Par la magie d'effets spéciaux novateurs pour l'époque (incrustation de décors, scènes d'animations...), Karl Zeman nous invite à embarquer sur cette arche fantastique, véritable tour de force cinématographique, peuplée de monstres préhistoriques, d'une belle héroïne et d'aventuriers de tous bords. L'un des moments forts de ce petit bijou restera sans doute l'instant ou nos infortunés expatriés découvriront que le nouvel astre bleuté qu'ils aperçoivent dans les cieux, n'est autre que leur planète à laquelle ils ont été arrachés !

A découvrir d'urgence... à la mémoire d'un certain cinéma ! Marc Evil

AVENTURES FANTASTIQUES aka THE FABULOUS WORLD OF JULES VERNE aka VYNÁLEZ ZKÁZY - Karel Zeman, 1957, Tchéchoslovaquie

Nous prenons place à l'aube du XXème siècle, alors que la science et l'évolution technologique sont en plein boum créatif permettant soudainement à l'homme de s'aventurer là où jamais il n'avait pu se rendre. Désormais, traverser le ciel, en ballon, en avion ou même en bateau n'est plus problème. Sonder le fonds des mers à l'aide d'un sous-marin ou d'un scaphandrier est d'une simplicité enfantine. Et Simon Hart, ingénieur assistant de l'éminent professeur Roche, ne cesse de s'en émerveiller. Ses modèles sont Robur le conquérant ou le Capitaine Nemo, des noms qui lui font chavirer l'esprit. Mais le professeur Roche est sur le point de finaliser une invention moins réjouissante: la production d'énergie via un savant bidouillage d'atomes, la solution à bien des soucis d'alimentation et d'éclairage, mais aussi le déclencheur de ce qui pourrait devenir une bombe d'une puissance cataclysmique. Et c'est le vil comte Artigas qui manifeste son intérêt dans le pouvoir destructeur de cette future invention. Alors, il kidnappe le scientifique et son assistant, puis les emmène en sous-marin sur son l'île-industrie dont le rendement des machines laisse penser qu'un volcan en activité se prépare à tout moment à dégorger de la lave de toute part. Bien évidemment, les motivations d'Artigas ne sont autre que la domination du monde...

Voir un film de Karel Zeman est quelque chose de merveilleux. Entre son récit fort en humanité et ses techniques de réalisations atypiques, il est difficile de ne pas succomber au charme de son oeuvre. Ses mélanges de dessins et de prises de vue réelles, s'incrustant les uns dans les autres, donnent à l'ensemble un style relativement naïf qui a pour effet d'émerveiller. Les techniques "primitives" de Zeman, donnant l'impression de collages de papier et de décors expressionnistes en carton, se trouvent d'ailleurs être bien plus belles que n'importe quelle incrustation moderne de personnages réels dans un décor animé et sont surtout en parfaite adéquation avec son sujet. Quant à l'aventure qui nous est contée, celle-ci ne manque pas de rebondissements. Entre attaques de navires à coup de sous-marin, exploration des grands fonds marins au milieu d'une faune aquatique un brin fantaisiste, un duel homérique entre une pieuvre géante et un scaphandrier armé d'une hache, l'île volcan du comte Artibas digne des repères les plus fous des ennemis de James Bond, il n'y a définitivement pas matière à s'ennuyer. Kerozene

Le BOULANGER DE L'EMPEREUR - L'EMPEREUR DU BOULANGER aka Císaruv pekar - Pekaruv císar - Martin Fric avec Jan Werich, Marie Vásová, Natasa Gollová, Tchéchoslovaquie, 1953, 79 et 63m

Le roi Rudolph 2 veut que l'on retrouve le fameux Golem, mais son armée n'arrive pas à le dénicher. Entouré d'alchimistes et sorciers qui essaient de lui fabriquer un élixir de jeunesse et du nouveau Kelley qui lui a créé une femme de toute pièce, Sirael, il est surtout entouré de charlatans ! Il a un sale caractère et le jour ou le boulanger qui devrait lui réserver sa production la donne plutôt au peuple affamé, il l'envoie aux oubliettes. Étrangement, malgré qu'ils se parlent mais ne se voient pas, Katerina alias Sirael en tombe amoureux. Par un concours de circonstances, au moment ou le Golem a été retrouvé et que son alchimiste lui a administré un semblant d'élixir de jeunesse, le boulanger est libéré, arrive dans les appartements du roi, qui est parti folâtrer, et tout le monde croit que la potion a fait son travail car il est l'image du roi rajeunit tout craché ! Il va en profiter pour changer deux ou trois choses au royaume, si vous voyez ce qu'on veut dire !

Attiré par la créature du Golem, bien impressionnant sur la couverture et les photos, j'aurais pu, en d'autres circonstances, en vouloir au film de ne pas exposer plus souvent son monstre mythologique. Que nenni ! Le film est tellement joyeux, espiègle et critique de cette royauté pompeuse et pleine de personnages si pittoresques, dans des décors magnifiques. Voir la galerie des alchimistes, véritable foire dédiée à prouver que le ridicule ne tue pas, surtout le roi ! Ce sera comme cela tout au long du film, enjoué et coloré dans tous les sens du terme. Évidemment que les rares chansons et la libération de la tyrannie s'accommode d'une ode au socialisme qui sonne curieusement et qui a valu une version écourtée sur le marché international. La créature vue auparavant sous les traits de Paul Wegener est ici gigantesque et impressionnante et son sort final surprenant, à tout le moins. Bref, que du bon pour ceux qui apprécient les films d'une autre époque et qui veulent retrouver les racines d'un fantastique fort populaire.

L'édition d'Artus comprend les deux films sur une première galette en version originale avec sous-titres français. Un deuxième disque recèle une quantité impressionnante de bonus. "Sur les traces du Golem" est un documentaire tchèque de 1962 qui retracent ses origines à Prague. "Jan Werich et le Golem" présente le spécialiste Ondrej Suchy, qui explique la conception des deux films. "Le Golem au cinéma" est une rencontre avec Blazena Urgosikova, employée de la cinémathèque tchèque, qui revient sur les différentes adaptations du Golem. "Les racines du Golem" nous montre Jeanne Rossille évoquer la naissance de la légende du Golem, replacée dans ses sources, et son contexte socio-historique. Une jolie femme qui parle aussi bien de textes anciens, de cinéma, de monstres et de robots, j'avoue être tombé sous le charme ! Suit un "Entretien avec Lubomir Lipsky" qui tiens le rôle de l'alchimiste au langage inventé dans "Le boulanger de l'empereur"

et "L'empereur du boulanger". Quand à l'"Entretien avec Vera Chytilova" qui a fait de la figuration dans les films, il évoque rapidement les difficultés d'être réalisatrice à l'époque. On parle évidemment tout au long des bonus des différences entre l'époque socialiste et la situation actuelle tant au niveau des libertés d'expression que les moyens alors consentis aux tournages. Galerie de photos, Filmographies et livret de huit pages complète cette édition collector magnifique. Mario Giguère

DÉMENCE aka ŠILENI aka Les Fous aka Lunacy - Jan Svankmajer avec Pavel Liska, Jan Triska, Anna Geislerová, Pavel Nový, République tchèque, 2005, 118m

L'intro face à face avec Jan Svankmajer: "Mesdames et Messieurs, le film que vous allez voir est un film d'horreur, avec tout ce que ce genre implique de bas. Il ne s'agira donc pas d'art. D'ailleurs, l'art est déjà presque mort. Il a été supplanté par des réclames publicitaires vantant le reflet de Narcisse à la surface de l'eau. Prenez ce film comme un hommage infantile à Edgar Allan Poe, à qui j'ai emprunté certains motifs, ainsi qu'au Marquis de Sade, de qui le film tire son ton blasphématoire et quelques idées subversives. Le sujet de ce film n'est rien de moins qu'un débat idéologique sur la façon de diriger un asile d'aliénés. Il y a, en effet, deux manières de gérer ce type d'institution, toutes les deux aussi extrêmes. L'une est la liberté absolue; l'autre la méthode conservatrice, celle bien connue du contrôle et des châtiments. Mais il en existe une troisième qui combine et cumule les pires aspects des deux autres. Et c'est là l'asile dans lequel nous vivons."

Le film: Un jeune homme terrassé par le décès de sa mère dans un hôpital psychiatrique à de violentes convulsions démolissant tout pendant son sommeil. Provenant d'un autre siècle, un marquis volage (l'excellent Jan Triska) l'invite à régler ce problème.

Un avis: Quel bon rire ce marquis et quelle belle séquence cette évocation divine devenant satanique avec ce crucifix martelé de vieux clous rouillés. J'adore. Ok, peut-être que ce n'est pas un "vrai" film d'horreur mais c'est une vraie comédie noire avec du vrai bizarre et du vrai gluant provenant d'un authentique surréaliste. Svankmajer est un alchimiste de l'objet qui travaille depuis des lunes sur Poe et Sade et ce film est une réussite. Démences, allégories contre le pouvoir, mélange d'époques entrecoupées de textures animées de cervelles, de langues et de viandes, ce film est dédié à son épouse et collègue morte lors de la post-production (65 ans). Serviteur style bossu, un docteur fou, une belle fille, traitements chirurgicaux mystérieux... Pour la liberté, pour la création, pour Svankmajer. Deadmonton

FIN AOÛT A L'HOTEL OZONE aka THE END OF AUGUST AT THE OZONE HOTEL aka LATE AUGUST AT THE OZONE HOTEL aka KONEC SRPNA V HOTELU OZON - Jan Schmidt, 1966, Tchéchoslovaquie

Voilà une curiosité qui ne manque pas de piquant : un post-nuke nihilisto-féministe en provenance d'Europe de l'Est tourné dans un noir et blanc chatoyant. On y découvre une horde de jeunes femmes arpentant une terre inhabitée suite à une guerre fatale. Menées par une femme d'un certain âge qui a eu la chance de connaître la Terre peuplée par l'espèce humaine, cette dizaine de jeunes femmes d'une vingtaine d'années et n'ayant jamais côtoyé le monde civilisé se comporte de manière quasi primitive. Se nourrissant de boîtes de conserve, faute d'une terre saine propre à la culture, leur attitude infantile, voire quasiment barbare, est contenue par la sagesse de leur aïeule qui n'a jamais perdu l'espoir de trouver un jour un groupe de survivants. On suit alors leurs pérégrinations désolées jusqu'à ce qu'elle rencontre enfin un homme vivant dans les ruines d'un hôtel, l'Hôtel Ozone... Cet homme d'un certain âge se liera logiquement d'amitié avec leur leader. Cet homme pour qui l'ampleur du bonheur d'enfin pouvoir ressentir un contact humain après des années de solitude sera aussi grand que l'atroce désillusion qui l'attend.

Froid, dur, irritant et fascinant sont les mots qui viennent à l'esprit pendant la vision de ce film à l'ambiance pesante. Toute trace d'espoir se voit constamment balayée par des actes égoïstes, tout bourgeonnement de tendresse se voit annihilé par une ignorance destructrice. Et comme si cela ne suffisait pas pour rendre ce métrage difficile, les actes de cruautés envers certains animaux présentés ici n'ont rien à envier aux films de cannibales italiens. Si un serpent se faisant trucider peut ne pas déranger, si une vache abattue sans douleur avant de se faire étriper à mains nues peut ne pas particulièrement choquer, il est en revanche beaucoup difficile de rester insensible face à l'exécution douloureuse d'un chien errant visiblement blessé par balle pour les besoins du film et dont les hurlements de douleur ne seront abrégés que par un coup de crosse sur la nuque. Justifiable ? Certainement pas, même si cela sert les propos du film. Mais un chien ça se dresse, jusqu'à preuve du contraire. Malheureusement cela altère quelque peu l'appréciation générale d'un film rare et touchant dont le final ironique aura vite fait de laisser un goût amer dans la bouche. Fascinant donc, mais éprouvant. Kerozene

  I KILLED EINSTEIN, GENTLEMEN aka Zabil jsem Einsteina, panove - Oldrich Lipský, 1970, Tchécoslovaquie

Les retombées de la bombe atomique ont des conséquences totalement inattendues. Dans le futur - nous sommes aux alentours de l'an 1980 je pense - les femmes voient leur gènes dégénérer: de la barbe leur pousse et elles se voient dans l'incapacité de procréer. Comme l'humanité court à sa perte, il est urgent de trouver une solution. Et quelques uns des plus grands cerveaux de la planète sont arrivés avec une proposition qui en vaut bien une autre, à savoir fabriquer une machine à remonter le temps afin de tuer Einstein et ainsi empêcher la création de la bombe atomique!

Cette comédie gentiment loufoque déborde de charme avec ses décors volontairement kitsch, ses personnages farfelus et son concept pour le moins foutraque qui amène à d'inévitables situations cocasses dues aux paradoxes temporels que n'auraient sans doute pas reniés les Monty Python. Cependant, le film dérive gentiment mais sûrement vers une comédie romantique vaudevillesque et fini par perdre de son mordant à force d'appuyer des gags redondants basés sur un comique de situation certes pas désagréable, mais un peu ennuyant sur la durée. Le métrage de Lipský, à l'ouverture des plus réjouissantes, finit donc par décevoir légèrement. Kerozene

 

L'INCINÉRATEUR DE CADAVRES aka The CREMATOR - Juraj Herz, 1968, Tchécoslovaquie, noir et blanc 

Réalisé pendant l'invasion soviétique de Prague, ce film a été banni pendant plus de 20 ans pour faire surface qu'au début des années 90. Il raconte la descente dans la folie d'un incinérateur de cadavres, Karel Kopfrkingl (Rudolf Hrusinsky), vivant une vie de famille exemplaire: il adore sa femme, voit personnellement à l'éducation de ses deux enfants, aux activités de la maison et est très dévoué à son travail. Dans ses temps libres, il lie un livre sur les rites funéraires du Tibet et philosophe sur le Dalai-Lama et la réincarnation. Bref, une existence des plus normale.

Mais voilà, l'Allemagne d'Hitler envahit peu à peu la République Tchèque et notre bon ami réussit à se faire convaincre qu'il a du sang allemand et qu'il devrait vite se débarrasser des "dangers" qui menace sa pureté dont sa femme (d'origine juive) et ses deux enfants.

Un montage serré très sixties ne laissant place à aucun temps mort, un excellent usage du wide-angle, un acteur extrêmement charismatique (Rudolf Hrusinsky), des dialogues empreint d'humour noir, une imagerie gothique et grotesque, une musique et une atmosphère hypnotisante, la présence en leitmotive fantomatique d'une ancêtre à Soledad Miranda, des transitions entre chacune des scènes à en faire baver Robert Lepage, et cet esprit morbide très Europe de l'Est font de THE CREMATOR un des meilleurs films que j'ai vu depuis bien longtemps. Dommage qu'il ne semble pas vouloir se pointer en VHS ou DVD.

(À noter que j'ai vu ce film dans le cadre de la rétrospective du cinéma d'horreur et fantastique tchèque à la Cinémathèque Québécoise) Mathieu Prudent

LITTLE OTIK - aka Otesanek, Jan Svankmajer, 2000, République Tchèque

Parmi d'énormes irritants cris stridents et mignons rires de nouveau-nés, un couple apprends qu'ils sont stériles. Désespéré, le mari finira par offrir une racine, qu'il a grossièrement sculpté, à son épouse pour la consoler. Stupeur, celle-ci va entraîner dans une folie de maternité tout son entourage. La racine, n'ayez crainte, prendra vie et deviendra même mangeuse de chair inassouvie. Gentilles scènes d'horreur et surtout dès le début, sans relâche; une imagination, un humour satirique accompagné de poésie illustrant avec maîtrise les paradoxes de notre civilisation. Les interprétations sont donc multiples et rien à voir avec Pinocchio sinon le bois. Certains ont reproché la longueur du film, 2h, moi, j'ai adoré.

Ce film me permit de découvrir aussi Jan Svankmajer. Celui-ci est surnommé "le maître du surréalisme tchèque" ayant près d'une trentaine de films d'animation pour "adultes". Little Otik est son 4e film "live". Deadmonton

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Web www.clubdesmonstres.com

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